Martin Carpentier a tué ses filles et s’est suicidé dans les heures suivant l’embardée de leur voiture, le soir du 8 juillet, a confirmé la Sûreté du Québec mercredi. Lorsque l’alerte AMBER a été déclenchée, le lendemain, il était malheureusement déjà trop tard.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

« Ça s’est déroulé très rapidement », a confirmé l’inspecteur-chef Guy Lapointe, porte-parole du corps policier national, lors d’une conférence de presse. Les recherches pour retrouver Norah Carpentier, 11 ans, et sa sœur Romy, 6 ans, ont duré trois jours. Celles pour retrouver Martin Carpentier ont duré 12 jours.

La voiture qu’occupaient le père et ses filles a fait une embardée sur l’autoroute 20, vers 21 h 30, le soir du 8 juillet. La sortie de route n’était pas intentionnelle. Les experts en collisions routières ont même trouvé des preuves solides qui démontrent que le père a tenté de reprendre la maîtrise de son véhicule, selon la police.

Le comportement du père était normal jusque-là, et personne ne soupçonnait qu’il aurait pu représenter une menace pour ses filles, selon la Sûreté du Québec. Un cornet de crème glacée et le téléphone du père ont été retrouvés dans la voiture accidentée. Les policiers ont cherché dans les environs et contacté le service de covoiturage Uber, des compagnies de taxi, ainsi que des hôpitaux, pour voir si les trois accidentés avaient quitté les lieux par leurs propres moyens.

« La présomption était qu’ils étaient peut-être en sécurité ailleurs », a déclaré M. Lapointe.

Un maître-chien a été appelé sur place, une pratique courante lorsqu’on ne retrouve pas les occupants d’un véhicule après une sortie de route. Il est assez fréquent que des gens, confus après s’être cogné la tête ou inquiets d’être découverts sous l’influence de l’alcool, s’éloignent du lieu d’un accident et soient retrouvés par un chien pisteur. Dans la forêt, la piste est habituellement beaucoup plus facile à suivre que sur l’asphalte, même sur plusieurs kilomètres. Mais cette fois, la traque semblait difficile.

INQUIET DE PERDRE LA GARDE

L’enquête a démontré que Martin Carpentier s’était enfui dans les bois, vers le sud, avec ses filles, qui étaient blessées. Il avait perdu une sandale et devait parfois porter une des enfants blessées dans la nuit noire. Il est entré dans la dépendance d’une roulotte à 1,7 km de l’endroit où il avait abandonné sa voiture. Des traces d’ADN confirment que ses filles étaient encore avec lui à ce moment, mais qu’elles ne seraient pas entrées dans la dépendance. Le père aurait volé un briquet et une pelle.

PHOTO BERNARD BRAULT. LA PRESSE

Après s’être éloigné de moins d’un kilomètre de la roulotte, il aurait tué ses filles avec un objet contondant. Il aurait ensuite continué sa route dans les bois et aurait volé une échelle chez un citoyen, puis se serait enlevé la vie, à 5,5 km du lieu de l’accident routier. Tout était fini avant le matin.

Le 9 juillet, l’absence prolongée du père et des filles est devenue vraiment anormale, les recherches se sont intensifiées. En après-midi, l’alerte AMBER a été déclenchée.

La Sûreté du Québec refuse de s’avancer sur les motifs qui ont poussé le père à commettre l’irréparable.

Le principal intéressé est décédé, alors il y a des choses qu’on ne saura jamais.

Guy Lapointe, inspecteur-chef de la Sûreté du Québec

Selon ce qu’a avancé le vétéran chroniqueur judiciaire Claude Poirier, le père avait développé une peur bleue, presque phobique, de perdre la garde de ses enfants, sans raison connue. La Presse a pu confirmer que les enquêteurs avaient reçu des informations en ce sens de l’entourage de la famille. Les policiers ignorent toutefois s’il y a un lien avec son comportement après l’accident.

LE PUBLIC REMERCIÉ

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Les policiers vont faire une rétroaction de cette opération et voir si quoi que ce soit pourrait être amélioré, mais ils estiment avoir fait tout ce qui était en leur pouvoir. « On ne peut pas être satisfait d’un événement où trois personnes ont perdu la vie. On souhaitait tous et toutes retrouver les fillettes en vie », affirme l’inspecteur-chef Guy Lapointe.

Je veux en profiter pour remercier tous les gens qui nous ont transmis des informations, qu’elles se soient avérées fondées ou pas.

Guy Lapointe, inspecteur-chef de la Sûreté du Québec

Comme le principal suspect est mort, la police n’a plus d’enquête criminelle à poursuivre. C’est une coroner qui sera chargée d’enquêter sur les décès et de formuler des recommandations en conséquence, le cas échéant.

Le parcours de Martin Carpentier

CARTE LA PRESSE

CARTE LA PRESSE

1. Vers 20 h 30, le 8 juillet, Martin Carpentier et ses deux filles sont aperçus à Lévis, dans le secteur de Saint-Nicolas, alors qu’ils se rendent dans un dépanneur.

2. Vers 21 h 30, leur voiture fait une embardée sur l’autoroute 20, alors qu’ils semblent revenir vers Lévis, à la hauteur de Saint-Apollinaire. Les trois occupants s’éloignent avant l’arrivée des secours.

3. Au cours de la nuit, Martin Carpentier entre dans la dépendance d’une roulotte dans un secteur boisé, à 1,7 km de l’autoroute. Ses filles sont avec lui. Le père vole un briquet et une pelle.

4. Après avoir poursuivi sa route sur 750 mètres, Martin Carpentier tue ses filles Romy et Norah avec un objet contondant. Une cinquantaine de mètres séparent les deux corps.

5. Le suspect poursuit sa route sur quelques kilomètres et vole une échelle chez un résidant du rang Saint-Lazare. Il se donne la mort sur le vaste terrain boisé du résidant, pendant la nuit ou au début de la matinée, sans être remarqué. Il a parcouru un peu plus de 5 km depuis sa sortie de route.