Le « tueur au marteau » Francis Jutras pourrait bientôt profiter de sorties supervisées de l’institut psychiatrique, même s’il entendait des voix de « l’enfer » jusqu’à tout récemment. Malgré les cris du cœur des victimes et de la famille du défunt, le juge Marc-André Blanchard a révoqué le statut rarissime « d’accusé à haut risque » du meurtrier.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« J’ai peur qu’il tue d’autres gens. Il voulait me tuer et il aurait pu tuer mon fils. Il est dangereux et il ne devrait jamais avoir le droit de sortir dans la rue », a lancé au juge Marie-Josée Guilbault jeudi dernier. La survivante a été frappée à plusieurs reprises par le forcené lors de sa « mission marteau » il y a cinq ans et garde des séquelles permanentes de cette attaque d’une rare violence.

L’appel désespéré des parents de François-Xavier Théberge, homme de 19 ans tué dans la folie meurtrière de Francis Jutras, n’a pas davantage convaincu le juge Blanchard du danger important que représente le « tueur au marteau ».

« Bien qu’humainement et intimement touché par ces drames, [le Tribunal] ne peut faire abstraction des obligations juridiques qui découlent de la loi et la jurisprudence », soutient le juge dans une décision rendue lundi.

« Ces déclarations [des victimes] ne permettent pas de mettre de côté une preuve d’expert non contredite qui établit clairement qu’il n’existe pas, actuellement, de possibilité marquée que Jutras usera de violence de façon à mettre en danger la vie ou la sécurité d’autrui », conclut le juge de la Cour supérieure.

Psychose

Alors qu’il était en pleine psychose, l’homme de 39 ans a attaqué trois passants à coups de marteau, le 13 octobre 2015, à Laval. Il a été déclaré non criminellement responsable pour cause de troubles mentaux en octobre 2017, puis déclaré accusé à haut risque en 2018.

Le psychiatre traitant de Francis Jutras est d’avis qu’après cinq ans passés à l’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel, le patient ne représente plus un risque aussi élevé pour la société. C’est pourquoi il a recommandé à la Commission d’examen des troubles mentaux (CETM) de révoquer le statut d’accusé à haut risque de Francis Jutras.

Cette rare désignation adoptée sous les conservateurs en 2014 permet de restreindre considérablement les sorties du délinquant à l’extérieur de l’hôpital, sans toutefois les rendre impossibles. Dans les faits, Francis Jutras n’a pas mis les pieds hors de l’institut depuis cinq ans.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Les parents de la victime François-Xavier Théberge, fils de Marie-France Bélisle (à gauche) et de Benoit Théberge (à droite)

Notons que le psychiatre n’a pas davantage changé d’opinions à la suite d’une « sévère » rechute de son patient en mai dernier. « Il pensait qu’il serait puni et irait en enfer. Il avait des éléments hallucinatoires, des voix qui lui disaient ça », a expliqué le DMillaud.

« Il importe de le souligner, l’instance ne porte pas sur la remise en liberté de Jutras, mais uniquement sur les conditions qui se rattachent à sa peine », rappelle le juge Blanchard. En effet, le meurtrier sera accompagné en permanence en cas de sorties supervisées, et son plan de traitement doit toujours faire l’objet d’une approbation de la CETM, ajoute le magistrat.

La Couronne a plaidé qu’il n’était même pas nécessaire de révoquer le statut d’accusé à haut risque de Francis Jutras pour lui permettre des sorties de l’hôpital. Or, la question importe peu, rétorque le juge, puisque le délinquant a le droit de subir sa détention dans les circonstances les moins restrictives possible.

Les procureurs de la Couronne, MKarine Dalphond et MJean-Sébastien Bigras, étudient la possibilité de faire appel de la décision. Francis Jutras était représenté par MYves Poupart.