Le scénario tant redouté s’est confirmé. Norah et Romy Carpentier, disparues depuis mercredi, ont été trouvées mortes samedi dans les bois de Saint-Apollinaire. Leur père, Martin Carpentier, est toujours en fuite, et la traque menée par la Sûreté du Québec s'est poursuivie toute la nuit.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Janie Gosselin Janie Gosselin
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La tension était vive samedi, dans le secteur de Saint-Apollinaire et de Saint-Agapit, où le fugitif aurait été momentanément repéré par les policiers, vers 19 h. Ils auraient ensuite perdu sa trace et seraient sortis des bois pour lancer l’escouade canine à ses trousses. « Sortez du bois ! Ne rentrez plus dans le bois ! Il est dans le bois ! », hurlaient les policiers observés par La Presse. Un drone a été déployé pour localiser le suspect, en vain.

« Nous sommes dans un secteur névralgique », a expliqué Ann Mathieu, porte-parole de la SQ, aux journalistes rassemblés près du périmètre de sécurité. Elle n’a toutefois pas confirmé que le suspect avait été repéré et a plutôt parlé d’un déplacement policier, alors qu’une véritable chasse à l’homme se jouait depuis quelques heures. « Nos effectifs réagissent très rapidement à tout élément nouveau, car nous sommes dans l’inconnu. On ne connaît pas l’état du suspect, on ignore s’il est armé et il semble mobile. »

Francis Allard, résidant de Saint-Nicolas, pense avoir aperçu le suspect samedi à 14 h 40, dans les bois qui bordent le rang Bois-Joly et la route Des Ruisseaux, près d’une tour de télécommunications. Un moment qui n’a duré qu’une fraction de seconde, dit-il. Son témoignage a mené les enquêteurs dans le boisé.

« Je l’ai vu près du sentier. Quand il m’a vu, il est parti en courant et j’ai trouvé ça louche. Il portait des vêtements foncés », raconte M. Allard. Sa fille de 7 ans est dans la même classe que la petite Romy Carpentier. « Quand elle a vu son visage à la télé, elle m’a dit : “Regarde, papa. C’est Romy.” C’est sûr qu’en tant que père, ça me touche. »

La SQ a invité la population à contacter immédiatement les forces de l’ordre si l’homme de 44 ans est vu. « On ne connaît pas l’état d’esprit dans lequel il se trouve », a précisé Ann Mathieu, soulignant que la vigilance des citoyens était importante.

Plus tôt dans la journée, la SQ avait indiqué avoir découvert les corps inanimés des deux fillettes. Leur décès a été annoncé un peu plus tard. Les policiers n’ont pas précisé si des marques de violence étaient visibles. On ignorait toujours, samedi en fin de soirée, comment les petites victimes avaient perdu la vie.

PHOTOS FOURNIES PAR LA SQ

Martin Carpentier, Norah Carpentier et Romy Carpentier

Recherches

« Il y avait énormément d’émotion dans les recherches, car on parle de jeunes enfants. C’est venu chercher tout le monde », décrit Marie Cauchon, coordonnatrice en recherche et sauvetage pour l’Association québécoise des bénévoles en recherche et sauvetage (AQBRS), sur place depuis mercredi soir.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Marie Cauchon, coordonnatrice en recherche et sauvetage pour l’Association québécoise des bénévoles en recherche et sauvetage

Il est rare que des équipes structurées de bénévoles fassent des recherches aussi intensives et aussi longues, ajoute-t-elle.

De nombreux bénévoles ont été démolis par la funeste découverte. « C’est un dossier délicat, une alerte AMBER, ce n’est pas rien. Les gens avaient des attentes et il y a eu beaucoup d’émotion », poursuit la sergente.

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À l’intersection du rang Bois-Joly et de la route Des Ruisseaux, des dizaines de personnes ont retenu leur souffle toute la journée, sous une pluie intermittente. Des hélicoptères survolaient le secteur.

Les policiers ont demandé aux clients du camping Domaine de Lachute de surveiller les environs et ont vidé les roulottes.

La SQ travaille en collaboration avec les Forces armées et les services de police de Québec, Lévis et Thetford Mines.

Jean-Simon Théberge s’est aussitôt rendu sur les lieux des recherches. « La mère des deux victimes est éducatrice à mon école secondaire. Je lui parle souvent et ça m’a touché. Tout le monde aurait souhaité que ça se passe autrement », dit l’élève de cinquième secondaire.

Samedi matin, un hélicoptère des Forces armées canadiennes s’était joint à celui de la Sûreté du Québec pour survoler le secteur. Une équipe équestre avait aussi été ajoutée aux patrouilleurs à pied, en quad, aux escouades canines et aux bénévoles déjà présents, avait déclaré la porte-parole de la SQ.

« C’est un secteur très large, boisé », avait-elle précisé.

Les policiers ont récupéré divers objets dans les bois, mais ne pouvaient pas dire s’ils étaient reliés à la disparition de l’homme et de ses filles.

En matinée, la SQ gardait bon espoir de retrouver vivants les trois disparus.

Des résidants du secteur ont indiqué à La Presse avoir entendu des cris dans la nuit de jeudi à vendredi.

Le véhicule de Martin Carpentier a été retrouvé vers 21 h 30 mercredi dernier, après une sortie de route sur l’autoroute 20. Le père et ses filles avaient été vus pour la dernière fois une heure plus tôt, dans un dépanneur du secteur Saint-Nicolas, à Lévis.

Jeudi, une femme qui s’est présentée comme la mère des deux fillettes avait lancé un appel sur les réseaux sociaux : « Il faut retrouver mes filles et leur papa », écrivait Amélie Lemieux. Vendredi, la conjointe actuelle de Martin Carpentier avait aussi lancé un cri du cœur pour le convaincre de donner signe de vie.

Réactions

Le premier ministre du Québec, François Legault, a réagi sur Twitter, se disant « bouleversé, sans mots ». Il a remercié les policiers, équipes spécialisées et bénévoles présents sur le terrain.

« Une mère vit pour ses enfants, et leur survivre est un drame qu’aucun mot ne saurait traduire », a de son côté écrit la vice-première ministre du Québec et ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault.