L’accident entre deux véhicules devenus perte totale pouvait sembler banal à première vue. Mais pour la Couronne, il n’y a aucun doute : les deux conducteurs ont provoqué la collision… volontairement. « Un complot » qui a blessé un enfant de 3 ans et laissé des séquelles à l’autre présumée victime, qui peine encore à marcher, quatre ans plus tard.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Ishak Mahklouf et Dharson Devendran étaient chacun dans une voiture, le 7 juin 2016. L’un était conducteur, l’autre était assis derrière un adolescent complice qui était au volant, et ils parlaient au téléphone ensemble, selon le procureur aux poursuites criminelles et pénales Louis-Philippe Meek Baillot. Puis les deux véhicules sont entrés en collision, blessant deux des occupants, dont un enfant de 3 ans.

Selon la Couronne, cette « collision a été provoquée volontairement dans le quartier Ville Saint-Laurent ». Il s’agit d’un accident « inventé de toutes pièces » dans le seul but de « frauder une compagnie d’assurance », a-t-elle plaidé lundi au palais de justice de Montréal.

Les deux accusés font ainsi face à cinq chefs d’accusation, soit fraude, complot, méfaits, conduite dangereuse causant des blessures et négligence criminelle.

Les deux voitures ayant été déclarées perte totale à la suite de l’accident, le coaccusé, Ishak Mahklouf, a fait une réclamation de 9125 $ à son assureur Wawanesa, qui lui a été accordée. Avec l’argent, il a pu rembourser son prêt auto qu’il avait contracté avec Desjardins.

« Les policiers ont ensuite divulgué des éléments de l’enquête à la compagnie d’assurance, qui a fait en sorte que Wawanesa s’est tournée de bord et a porté plainte pour fraude », a expliqué MMeek Baillot.

La présumée victime dans cette histoire, qu’on ne peut nommer pour protéger l’identité de son fils, a commencé à témoigner lundi après-midi.

Le 7 juin 2016, Dharson Devendran l’aurait invitée chez lui, où des amis et des membres de sa famille participaient à un BBQ. La femme de 27 ans, alors bénéficiaire de l’aide sociale, se serait présentée sur place avec son enfant de 3 ans au volant de sa voiture Honda Accord 1998. Puisqu’elle n’avait pas assez d’essence pour faire l’aller-retour et qu’elle manquait d’argent, son « ami » Dharson Devendran lui a dit qu’il irait avec elle à une station-service à la fin de la rencontre pour mettre « 10 $ d’essence » dans son auto. Une entente qu’elle a approuvée, a-t-elle expliqué au juge Jean-Jacques Gagné.

Lorsque ce fut le temps pour elle et son fils de quitter le domicile de M. Devendran, situé dans l’arrondissement de Saint-Laurent, ce dernier aurait proposé qu’un de ses amis, mineur au moment des faits, conduise sa voiture jusqu’au Petro-Canada. La mère de Dollard-des-Ormeaux aurait pris place dans le siège du passager, alors que son enfant et M. Devendran étaient assis sur la banquette arrière de l’auto.

« Dharson s’est mis à parler au téléphone et il donnait des directions au conducteur : tourne à droite, tourne à gauche… », a raconté la présumée victime, qui commençait alors à être « inquiète » et cherchait à comprendre ce qui se passait.

À un moment, j’ai vu la voiture d’Ishak [le coaccusé] devant nous, et Dharson a dit : ‟Vas-y, go !”, et le conducteur a accéléré et frappé le véhicule.

La présumée victime

« J’ai su tout de suite que l’accident était organisé entre les deux amis », a-t-elle poursuivi.

Son fils, qui avait mal à la tête, a été emmené en ambulance aux urgences, d’où il a reçu son congé quelques heures plus tard. « Plusieurs mois après, il se plaignait toujours de faire des cauchemars », a indiqué la mère. Quant à elle, quatre ans après l’accident, elle dit avoir toujours des séquelles à un pied et au dos. « J’ai toujours de la difficulté à marcher. »

Le procès, qui devrait durer cinq jours, se poursuit mardi au palais de justice de Montréal. Des enquêteurs du Module enquêtes collisions du Service de police de la Ville de Montréal seront appelés à la barre pour notamment livrer les résultats de leur enquête.