L’un des trois hommes qui ont fait irruption dans la résidence de l’ex-enquêteur du SPVM, Pietro Poletti, et de sa mère, dans l’arrondissement de LaSalle la semaine dernière, et ont molesté ces derniers, est toujours en fuite et est activement recherché.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

C’est ce qu’on a pu apprendre vendredi matin à l’enquête sur remise en liberté de Yadley Deutz Saint-Jean, Sandel Pierre et Louis-Simon Jacques, arrêtés le jour même du braquage chez l’ex-enquêteur spécialiste de la mafia.

Les trois hommes, âgés entre 18 et 30 ans, sont notamment accusés d’introduction avec effraction, voies de fait, menaces de mort et possession d’arme.

Le procureur de la poursuite, MAntonio Parapuf, a raconté les événements. Vers 10 h vendredi dernier, trois hommes portant des masques chirurgicaux ont frappé à la porte de M. Poletti. Lorsque ce dernier a ouvert, l’un des suspects a crié : "C’est lui !" Ils sont ensuite entrés et l’ont roué de coups. M. Poletti a demandé que l’on appelle la police au moment où sa mère âgée de 87 ans est apparue dans l’entrée. Un des individus l’a poussée, la blessant à un poignet.

Il semble qu’à ce moment, l’un des suspects ait ouvert la porte et pris la fuite. M. Poletti a alors entendu l’un des deux autres dire : "Tue-le, tue-le !" Visiblement, l’ex-enquêteur aurait profité de la porte ouverte pour sortir de la maison, espérant être vu par des témoins. Les deux derniers suspects ont alors fui à leur tour vers une Nissan Sentra 2014 noire, immobilisée sur une rue voisine.

Lorsque la police s’est présentée sur les lieux, M. Poletti a donné une bonne description des suspects : trois noirs, parlant uniquement français, mesurant plus de 5’5’’et tous droitiers, selon ce qu’il a pu en déduire de la façon dont ils tenaient leurs armes.

Par la suite, un témoin, qui connaissait la famille Poletti, a vu les suspects monter à bord de la Nissan et partir en trombe. Il a suivi la voiture et pris en note le numéro de plaque. Le SPVM a alors diffusé la description du véhicule suspect et le numéro de plaque à tous les corps de police environnants.

À 17 h 55, la Nissan a été repérée par des policiers de Longueuil qui ont intercepté les suspects cinq minutes plus tard, près du pont Jacques-Cartier. Dans la voiture, les policiers ont notamment retrouvé une sacoche en bandoulière de marque Nike contenant un pistolet de calibre 32 chargé. Celui-ci a été volé dans une résidence, avec 16 autres armes à feu, en mars 2019.

Plusieurs indices laissés

Après son arrestation, le conducteur et propriétaire de la Nissan, Louis-Simon Jacques, a raconté aux policiers qu’il était un consommateur de drogue depuis son adolescence et qu’il avait besoin d’argent pour sa consommation. Pour en obtenir, il conduit des gens qui le paient en argent ou en stupéfiants.

Il a expliqué qu’un certain Yadley l’a appelé pour un transport. Il s’est rendu dans un appartenant Airbnb au coin des rues Mont-Royal et Saint-Hubert, pour faire monter trois hommes.

« Yadley était assis en avant. Il a dirigé le conducteur avec un GPS jusqu’à un endroit et a dit au chauffeur d’attendre. Selon M. Jacques, Yadley a pris un balai à neige dans la voiture et les trois hommes sont partis. Ils sont revenus un peu plus tard avec rien dans les mains. Louis-Simon Jacques a dit qu’il ne savait pas qu’ils allaient commettre un crime », a décrit MParapuf.

Après le braquage chez l’ex-enquêteur Poletti, les quatre suspects sont retournés à l’appartement Airbnb, y laissant l’un d’eux, vraisemblablement celui qui est toujours recherché. Ils auraient ensuite effectué des transactions de stupéfiants à Montréal et Varennes, avant de faire monter un quatrième individu qui n’a rien eu à voir avec le crime et qui a été libéré après les arrestations.

Selon le procureur, une vidéo de caméra de surveillance montre les suspects descendre et remonter à bord de la Nissan. Ils portent les mêmes vêtements que lors de leur interception. Des morceaux de balai à neige ont été retrouvés dans la résidence de Pietro Poletti, y compris des traces d’ADN et des empreintes digitales de Sandal Pierre.

Les policiers ont retrouvé un balai à neige rouge près de la maison et un masque chirurgical dans une poubelle près des lieux.

Pietro Poletti a été lacéré au-dessus de l’oeil gauche. Il a des rougeurs à un genou, souffre de douleurs dans le dos et au ventre, a de la difficulté à marcher, souffre d’une entorse et a des côtes fêlées.

Yadley Deutz Saint-Jean a une autre cause toujours active de possession d’arme et de stupéfiants et devait respecter des conditions au moment où le braquage chez Pietro Poletti a été commis.

La juge perd patience

Les trois suspects, qui ont été mis en isolement préventif en prison en raison de la COVID-19, suivent leur enquête sur remise en liberté en vidéoconférence, à partir de leur établissement de détention.

Or, au bout d’une heure, deux d’entre eux ont affirmé qu’ils n’avaient pas tout entendu de la preuve présentée contre eux.

« On est visiblement incapable de fournir de l’équipement virtuel adéquat », a maugréé la juge Mylène Grégoire, de la Cour du Québec, qui a souligné l’importance d’une enquête sur remise en liberté pour des accusés.

La juge a alors annoncé la reprise à zéro de l’enquête et a ordonné que les trois accusés soient présents dans la salle. Elle a convoqué une responsable de la détention et lui a demandé de tout mettre en oeuvre pour que les accusés soient transportés au palais de justice de Montréal dans les plus brefs délais.

« J’en conclus que le système actuel ne fonctionne pas », a déclaré la juge Grégoire.

Plus tôt cette semaine, une personne en autorité au palais de justice de Montréal a glissé à La Presse que la tenue des enquêtes sur remise en liberté en mode virtuel était problématique.

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