Une Montréalaise souffrant de schizophrénie a reconnu mardi avoir tué sa mère en la poignardant dans le dos, il y a deux ans, à LaSalle. Meng Ye était persuadée ce soir-là qu’une « organisation » s’apprêtait à la tuer et s’était procurée de l’essence pour incendier l’appartement de sa mère.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Accusée du meurtre au premier degré de sa mère de 61 ans, Yun Yu, le 28 janvier 2018, la femme de 36 ans a plaidé coupable à une accusation moindre d’homicide involontaire mardi au palais de justice de Montréal. Elle a donc renoncé à faire valoir une défense de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux, puisqu’elle a reconnu que sa maladie ne l’avait pas empêché de réaliser que ses gestes étaient « mauvais » [wrong]. Elle n’avait toutefois pas l’intention de tuer sa mère.

À l’automne 2017, Meng Ye commence à croire qu’une « organisation » ourdit un terrible plan : tuer sa mère et sa fille devant elle, puis la rendre sourde et aveugle. Pour protéger sa famille et elle-même, Meng Ye s’achète alors un pistolet à impulsion électrique [taser gun] et des grenades fumigènes, en plus de transporter un couteau, révèle le résumé conjoint des faits présenté en cour.

L’état de santé de Meng Ye se dégrade dans les semaines suivantes, alors qu’elle pense avoir été empoisonnée. Elle installe des caméras de surveillance pour épier sa mère en tout temps. Les deux femmes vivent alors des tensions entourant la garde d’un enfant. Son conflit avec sa mère semble s’envenimer, puisque Meng Ye aurait tenté de la poignarder au début de l’année 2018.

En janvier 2018, les policiers interviennent à l’appartement de la mère sur la rue Guy-Bouchard à Montréal. La victime explique aux policiers avoir été poussée et menacée par sa fille. Elle confiera à un voisin que sa fille l’a étranglée. Meng Ye devient convaincue dans les jours suivants qu’on s’apprête à la tuer. Néanmoins, deux jours avant le meurtre, le psychiatre de Meng Ye estime que sa patiente ne présente aucun symptôme psychotique.

Le soir fatidique, convaincue qu’elle sera victime d’une tentative de meurtre, Meng Ye se rend à une station-service et achète de l’essence. Elle conserve les contenants d’essence dans l’appartement et envisage d’incendier le logement afin de prendre la fuite pendant l’attaque de l’« organisation ». Elle fait les recherches suivantes sur l’internet : « Est-ce que l’essence s’évapore ? » et « Comment se débarrasser de l’odeur d’essence ? »

Une chicane éclate lorsque la victime découvre l’essence en fin de soirée. C’est dans ce contexte que Meng Ye poignarde sa mère dans le dos et appelle le 9-1-1 pour demander des secours. Elle admet alors son crime et soutient être « devenue fâchée », alors que sa mère lui a « tombé sur les nerfs ». L’accusée avait écrit à des amis en soirée qu’elle « détestait » sa mère.

Meng Ye a reconnu sa culpabilité depuis l’hôpital psychiatrique Philippe-Pinel mardi devant le juge Marc-André Blanchard. Les représentations sur la peine auront lieu au cours de l’été. L’accusée est défendue par MMarie-Hélène Giroux et MClaude Berlinguette-Auger. Les procureures MCamille Boucher et MJasmine Guillaume représentent le ministère public.