Un procès a repris devant jury lundi à Montréal, une première au pays depuis le début de la crise sanitaire. Mis en veilleuse en raison de la pandémie, ce procès pour meurtre a recommencé au centre judiciaire Gouin avec des mesures uniques pour permettre aux jurés de respecter les règles de distanciation physique. Pas question toutefois d’imposer un test de dépistage de la COVID-19 au jury, a tranché le juge.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« Ça fait vraiment plaisir de vous revoir après trois mois, les 12 en santé, dans des conditions qui satisfont la Santé publique et qui sont beaucoup plus conviviales et confortables », a déclaré le juge Daniel Royer pour accueillir le jury du procès de Willy Junior St-Jean et de Ducakis François.

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Willy Junior St-Jean et Ducakis François

Les sièges réservés au jury, à la gauche du juge, étaient vides lundi matin pour la reprise du procès, une situation possiblement unique dans l’histoire judiciaire récente. Portant un masque à leur arrivée, les 12 jurés se sont plutôt installés à une dizaine de larges tables placées devant le juge afin de demeurer à deux mètres les uns des autres. Les journalistes et le public se retrouvaient donc quelques mètres derrière le jury.

Cette mise en place inédite répond ainsi à l’épineuse question qui taraude le système judiciaire depuis des semaines : comment 12 jurés peuvent-ils respecter la règle des deux mètres dans une salle d’audience standard ?

C’est peut-être toujours impossible au palais de justice de Montréal, où s’était amorcé le procès, mais il était aisé de respecter la distanciation dans la gigantesque salle d’audience du centre judiciaire Gouin. Ce palais de justice adjacent à l’Établissement de détention de Montréal (prison de Bordeaux) a été conçu pour les superprocès des Hells Angels. Chaque salle est assez grande pour accueillir une centaine de personnes.

Au début de l’audience, le juge Royer a expliqué au jury que de nombreuses avenues avaient été envisagées pour reprendre le procès, notamment celle de faire passer un test de dépistage de la COVID-19 à tous les jurés.

« Cette possibilité présentait des difficultés presque insurmontables sur le plan logistique et soulevait la question du consentement de chacun d’entre vous à subir ce test qui n’est pas nécessairement des plus agréables. Cette approche n’a pas été retenue », a-t-il affirmé.

Selon le juge Royer, la Santé publique a établi que les risques de propagation étaient « faibles » si l’un des jurés était porteur asymptomatique du virus. Le juge a néanmoins encouragé les jurés « plus tolérants et moins craintifs » à respecter leurs confrères et consœurs du jury.

« Interminable attente »

Le procès pour meurtre au premier degré de Willy Junior St-Jean, 33 ans, et de Ducakis François, 26 ans, s’est amorcé à la mi-janvier et s’est arrêté à la fin de la présentation de la preuve à la mi-mars, avant les plaidoiries des avocats. Les deux hommes sont accusés d’avoir tué Valery Belange dans la cage d’escalier de son appartement de la rue Lausanne, à Montréal-Nord, le 29 août 2017.

Selon la théorie de la Couronne, les deux hommes ont assassiné Valery Belange dans « une attaque planifiée, coordonnée et délibérée ». La preuve s’appuie notamment sur des relevés téléphoniques, de l’ADN découvert sur une casquette laissée sur les lieux du meurtre, ainsi que sur l’empreinte digitale de Ducakis François retrouvée sur une voiture située près de l’immeuble.

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Scène de crime établie pour le meurtre de Valery Belange, en août 2017, à Montréal-Nord

« On attend votre plaidoirie depuis trois mois, MBurelle, libérez-nous de cette interminable attente ! », a lancé à la blague le juge Royer à MMarion Burelle, qui représente Ducakis François.

Certes, Ducakis François admet s’être retrouvé à l’extérieur de l’immeuble ce soir-là, mais le coup de feu qui a été tiré était « complètement indépendant de [s]a volonté », plaide MBurelle. Selon la défense, la Couronne n’a pas démontré que M. François avait planifié quoi que ce soit à une « fin illégale ».

« La preuve [de la Couronne] ne permet pas d’identifier formellement lequel des deux accusés était le tireur, parce qu’il n’y a pas de témoin direct », a souligné MBurelle, qui reproche à la Couronne d’entretenir la « confusion » sur les tireurs possibles.

Selon la poursuite, la femme de Ducakis François, Chloé Langlois, a échangé de nombreux messages textes avec la victime le soir du meurtre et l’a ensuite rencontrée dans son appartement.

Ce sera au tour des avocats de Willy St-Jean de plaider mardi. Ils seront suivis du procureur Matthew Ferguson.