(Montréal) Une Ontarienne en visite à Montréal l’an dernier dit qu’elle a été arrêtée et blessée par la police puis, quelques heures plus tard, agressée sexuellement par un policier en civil dans sa chambre d’hôtel.

Giuseppe Valiante
La Presse canadienne

La femme, dont l’identité est protégée par les tribunaux, a déclaré que l’agent Roger Fréchette l’a conduite d’un poste de police à son hôtel après son quart de travail et l’a suivie à l’intérieur, le matin du 19 février 2019.

« Il touchait mes parties intimes, a dit la femme de 41 ans. Il m’a obligée à mettre la main sur ses parties intimes. Il n’arrêtait pas de me répéter de prendre une douche. »

M. Fréchette, 55 ans, a été accusé d’un chef d’agression sexuelle à la suite d’une enquête du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), chargé de surveiller le travail de la police au Québec.

Un mandat d’arrêt a été délivré le 18 février 2020, signé par le juge de paix Luis-Marian Lipoveanu. Selon les dossiers, M. Fréchette a comparu le 1er avril, par l’intermédiaire d’un avocat.

Esther Tremblay, porte-parole du BEI, a confirmé par courriel que l’enquête sur M. Fréchette était terminée et qu’il a été inculpé.

« Il s’agit du premier policier de Montréal inculpé à la suite d’une enquête du BEI », a-t-elle déclaré.

La police de Montréal n’a pas voulu commenter le cas de M. Fréchette. Dans une réponse par courriel, le département des relations avec les médias a dit que les forces de police « ne pouvaient commenter des cas spécifiques ni confirmer ou infirmer qu’une enquête était en cours concernant une personne ».

Lorsqu’on lui a demandé si le public avait le droit de savoir si un agent accusé d’agression sexuelle était toujours en service, l’équipe des relations avec les médias n’a pas répondu.

La Presse canadienne a cependant vu un échange de courriels entre un enquêteur du BEI et la victime présumée, dans lequel le bureau affirme que M. Fréchette « a été suspendu de ses fonctions et n’a pas accès à des armes ».

Les allégations contre M. Fréchette n’ont pas été prouvées en cour.

La Presse canadienne a contacté son avocat, mais n’a pas eu de réponse dans l’immédiat.

Des documents judiciaires indiquent que M. Fréchette doit comparaître le 6 juillet.

La femme visitait Montréal en février 2019 avec son copain de l’époque, pour célébrer la Saint-Valentin.

Dans la nuit du 18 février, le couple s’est disputé et quatre policiers de Montréal se sont présentés dans deux véhicules. Elle avoue avoir été belliqueuse et avoir résisté à la police. Elle a déclaré que les policiers étaient devenus agressifs avec elle, la plaquant au sol, la blessant au visage, à la tête et aux épaules.

Elle a dit qu’elle souffrait d’un trouble de stress post-traumatique dû à des abus antérieurs.

« C’est devenu un cas où soit je me battais, soit je me sauvais, a-t-elle déclaré. On peut dire que j’ai résisté à l’arrestation, mais j’avais peur. »

La femme a confié que son ex-petit ami avait un dossier criminel et n’était pas censé boire, et la police l’a arrêté.

Elle a été amenée à un poste de police du centre-ville attachée à un fauteuil roulant, a-t-elle dit, et placée seule dans une cellule. Elle dit qu’elle s’est uriné dessus et qu’elle avait des contusions, à la suite de son arrestation.

M. Fréchette, a-t-elle dit, n’était pas un agent présent lors de l’arrestation, mais se trouvait au poste de police. Elle allègue qu’il s’est rendu à plusieurs reprises dans sa cellule et lui a fait des compliments sur son apparence.

« Je lui ai dit à un moment donné : “Qu’est-ce que j’ai d’attirant ? ” Mes vêtements sont déchirés. Mes cheveux ont été arrachés. Mon maquillage est partout parce que je pleure […] Je suis comme un animal en cage. »

Il lui aurait alors répondu : « C’est ça que j’aime. C’est ça que je trouve attirant. »

Elle a dit qu’elle ne pouvait pas croire ce qui se passait.

M. Fréchette lui a apporté un jean et un boxer rose. Elle a dit qu’il l’a regardée se changer. Elle a réalisé qu’elle ne savait pas à qui appartenaient les vêtements et les a enlevés alors qu’il continuait de la regarder, a-t-elle dit.

Elle allègue qu’il a fait des commentaires au sujet de ses parties génitales et a exprimé son désir d’avoir des relations sexuelles.

La femme avance que vers 5 heures du matin, après plusieurs heures de détention, M. Fréchette l’a sortie de sa cellule et a quitté le poste. Elle dit qu’elle s’est retrouvée dehors, habillée de façon inadéquate pour le temps froid, et sans le sou.

De l’autre côté de la rue, dit-elle, une petite voiture faisait clignoter ses phares. Elle s’est approchée et a vu M. Fréchette au volant. C’était son véhicule personnel, a-t-elle dit.

« Il a dit :’Je vais te ramener à ton hôtel.’J’ai dit :’OK’. J’étais désespérée. »

Elle a dit qu’il l’a conduite à son hôtel et l’a suivie dans sa chambre.

« Il a essayé de me faire prendre une douche, a-t-elle expliqué. Il me léchait. Il a essayé de coucher avec moi. »

Elle a dit qu’elle se souvient qu’il a placé sa main de force sur son entrejambe, sur son pantalon. Il a touché son corps plusieurs fois, a-t-elle dit.

« Il n’arrêtait pas de répéter : “J’ai une famille. Je pourrais être congédié ». J’ai dit : « Alors pourquoi vous êtes-là” ? »

À aucun moment ses avances n’ont été bienvenues, a-t-elle déclaré, ajoutant qu’elle se sentait piégée et ne voulait pas le contrarier.

« Mon cerveau a juste bloqué tout ce qui s’est passé. Je sais qu’il m’a fait des choses. Il me léchait le cou et me sentait. C’était dégoûtant. »

Elle ne se souvient cependant pas d’avoir eu une relation sexuelle avec M. Fréchette.

Elle a dit qu’après un certain temps, elle a commencé à frapper ses propres cuisses avec ses poings et à crier. Peu après, dit-elle, il est parti.

Depuis l’incident, la mère célibataire dit qu’elle a peur de quitter son domicile.

« Ç’a brisé toute ma vie », a-t-elle déclaré. Elle souhaite que son témoignage puisse aider d’autres femmes qui ont eu des expériences similaires.

« Ce n’était pas facile (raconter son histoire), a-t-elle expliqué. Mais je devais reprendre mon pouvoir. »

La police de Montréal n’a pas voulu commenter le dossier de l’agent Fréchette. Dans une réponse non signée transmise par courriel, le service des relations avec les médias a affirmé que les corps policiers « ne pouvaient pas commenter des cas spécifiques ni confirmer ou infirmer qu’une enquête était en cours concernant un individu ».

Le service de police n’a pas répondu dans un premier temps à une question visant à savoir si le public avait le droit de savoir si un policier accusé d’agression sexuelle était toujours en service.

Plus tard en journée, l’équipe des relations avec les médias de la police a envoyé un autre courriel, confirmant que l’agent Fréchette « est actuellement suspendu avec salaire ».