Un ancien enquêteur du SPVM spécialiste de la lutte contre la mafia a été agressé dans sa résidence de LaSalle, vendredi matin, par trois intrus qui l’ont battu violemment en plus de rudoyer sa mère de 87 ans. Quatre suspects ont été arrêtés plus tard à Longueuil relativement à cette agression.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Le policier retraité, Pietro Poletti, fumait une cigarette, du sang séché sur le visage, lorsque La Presse l’a rencontré vendredi.

« Même si les temps ont changé, ça, ça ne se fait pas. S’ils font ça, ils sont capables de faire n’importe quoi », a-t-il déclaré, visiblement souffrant, en parlant des criminels qui s’en sont pris à lui. M. Poletti a dit ignorer pourquoi on l’a pris pour cible.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Une policière inspecte la scène de crime.

« Vers 10 h 15, nous avons reçu un appel pour un homme qui venait de subir des voies de fait dans une résidence de LaSalle. Des suspects ont fait irruption dans la résidence et il y a eu altercation avec les personnes présentes. Les suspects ont pris la fuite dans un véhicule foncé. L’occupant de la maison, un homme de 59 ans, a été blessé par un objet contondant, alors que la femme a été blessée par la force physique », a décrit la porte-parole du service de police, Véronique Comtois.

« C’est lui ! »

M. Poletti était en robe de chambre lorsqu’il a entendu sonner à la porte. Dès qu’il a ouvert, il a entendu crier : « C’est lui ! » Trois hommes l’auraient alors roué de coups, en utilisant au moins un bâton et même une brique.

Lorsque sa mère est arrivée, un assaillant l’aurait agrippée violemment et lui aurait arraché un bijou.

L’un des suspects aurait crié : « Tire-le », mais l’enquêteur retraité, qui se débattait, aurait alors plongé par la porte et aurait atterri à l’extérieur, à la vue des passants.

Les suspects ont alors pris la fuite. Ils avaient auparavant crevé les quatre pneus du véhicule utilitaire sport de l’ancien policier. Aucun coup de feu n’a été tiré.

Mais selon nos informations, un citoyen qui avait vu la scène a pris en note le numéro de plaque des agresseurs. Les enquêteurs du Centre opérationnel Ouest du SPVM ont envoyé une alerte à tous les corps policiers de la région en lien avec cette plaque.

Vers 18 h, la police de Longueuil a arrêté quatre suspects dans cette affaire, qui se trouvaient à bord d’une voiture près du pont Jacques-Cartier. Une arme à feu a été saisie au passage. Les quatre hommes âgés de 18, 21, 23 et 30 ans doivent comparaître ce samedi devant un juge, a confirmé la porte-parole du SPVM.

Règle non écrite

Plusieurs anciens cadres supérieurs de la police de Montréal, membres de la vieille garde, se sont manifestés, en personne ou par téléphone, pour appuyer leur ancien collègue Pietro Poletti. Même le ministre de la Justice du Canada, David Lametti, qui siège avec M. Poletti à l’association de circonscription du Parti libéral du Canada, lui a téléphoné pour prendre de ses nouvelles.

Sous le couvert de l’anonymat, un ancien supérieur de la victime a dit que ce genre d’évènement violait une règle non écrite entre les enquêteurs et les milieux criminels : la vie personnelle et la famille devraient être séparées des « affaires » et du travail.

Si tu ne sors pas l’artillerie lourde pour répliquer à ça, tu leur laisses la porte ouverte pour recommencer.

Un ancien supérieur de Pietro Poletti

Selon une source qui connaît bien les milieux interlopes de la métropole, des membres du crime organisé qui semblaient surpris par la nouvelle ont d’ailleurs commencé à faire des appels vendredi pour tenter de comprendre qui a pu commander l’agression.

Pietro Poletti a connu une longue carrière au SPVM au cours de laquelle il a notamment été enquêteur à la Division du crime organisé et spécialiste de la mafia.

Il accompagnait le commandant retraité Nicodemo Milano lors de l’arrestation de l’ancien parrain de la mafia Vito Rizzuto, le 20 janvier 2004, avant que ce dernier soit extradé aux États-Unis pour y être jugé pour trois meurtres.

Couronne de fleurs

Un jour, alors qu’il était toujours en service, quelqu’un avait déposé une couronne de fleurs devant la résidence du policier, la même où les évènements de vendredi sont survenus. L’affaire avait été interprétée comme une menace, mais le responsable n’avait jamais été identifié publiquement.

En 2004, Pietro Poletti s’était retrouvé au cœur d’une retentissante affaire concernant un camion bourré d’explosifs abandonné au centre-ville de Montréal et qui aurait impliqué le chef de clan de la mafia Andrew Scoppa, assassiné en octobre dernier.

En juillet 2010, M. Poletti avait été enregistré par un avocat alors qu’il semblait vouloir convaincre ce dernier de ne pas défendre des individus accusés de meurtres et de tentative de meurtre survenus dans le magasin du défunt caïd Ducarme Joseph quelques mois plus tôt.

Il y a quelques mois, le policier retraité avait accompagné en Italie un journaliste de TVA pour un reportage sur la mafia montréalaise.

Après sa carrière de policier, M. Poletti a été pendant un certain temps directeur de la sécurité publique de Hampstead–Côte-Saint-Luc, dans l’ouest de l’île de Montréal.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918 ou écrivez à drenaud@lapresse.ca.