L’homme qui a aidé les enquêteurs de la Sûreté du Québec à appréhender quatre personnes soupçonnées d’avoir participé aux meurtres d’autant d’individus liés à la mafia montréalaise en 2016, a plaidé coupable jeudi à deux accusations de menaces de mort envers des policiers.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

La taupe, dont on doit taire l’identité en vertu d’une ordonnance de non-publication (ONP), a été condamnée à neuf mois d’emprisonnement par le juge Salvatore Mascia de la Cour du Québec qui a entériné une entente intervenue entre la Poursuite et la Défense. L’individu est toutefois détenu depuis la fin mars.

En soustrayant la détention préventive, calculée en temps et demi et évaluée à quatre mois et trois semaines, il lui reste donc quatre mois et une semaine à purger.

Après les meurtres des lieutenants de la mafia montréalaise Rocco Sollecito et Lorenzo Giordano, et l’enlèvement des frères Falduto, l’homme a offert ses services à la police pour devenir agent civil d’infiltration (ACI) et l’aider à élucider ces crimes.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

La scène du meurtre du lieutenant de la mafia montréalaise Rocco Sollecito, en mai 2016.

Selon nos informations, il aurait lui-même participé à au moins l’un des quatre meurtres de 2016 et aurait retourné sa veste car il n’aurait pas reçu toutes les sommes promises par ses commanditaires.

Durant l’enquête baptisée Préméditer, l’ACI a notamment porté un dispositif d’enregistrement portatif grâce auquel les enquêteurs auraient obtenu des conversations compromettantes impliquant certains des accusés et autres conspirateurs.

À l’issue de l’enquête l’automne dernier, les policiers ont arrêté quatre suspects : Jonathan Massari, Domenico Scarfo, Marie-Josée Viau et Guy Dion.

Ils ont également annoncé que les deux frères Falduto ont été tués, et que les meurtres auraient été commandés par les frères Salvatore et Andrew Scoppa, eux-mêmes assassinés depuis.

« Le principal mobile serait directement relié au pouvoir et aurait comme toile de fond le vieux conflit qui perdure entre les Siciliens et les Calabrais impliqués dans le crime organisé traditionnel italien », a alors déclaré l’inspecteur-chef Guy Lapointe de la Sûreté du Québec (SQ).

Dispute contractuelle

Les menaces de mort proférées par l’ACI sont survenues entre le premier novembre 2019 et le 18 mars dernier. Une ONP nous empêche de dévoiler les noms des policiers visés.

Lorsqu’il a été arrêté à la fin mars, l’ACI se trouvait en Colombie-Britannique et il a été envoyé dans une prison où il a dû être isolé durant au moins 14 jours, en raison de la COVID-19.

Il en était toujours au stade de l’enquête sur remise en liberté mais il a décidé de plaider coupable.

« Dans le cadre de sa participation dans le projet Préméditer, l’accusé a conclu un contrat avec la Sûreté du Québec. Mais des mésententes sont survenues au sujet de l’argent et au sujet de certains suivis. L’accusé s’est plaint. Il a ensuite menacé de se rendre à la Sûreté du Québec pour tuer un policier. Il a également voulu s’en prendre à un autre », a raconté le procureur au dossier, MFrançois Allard, ajoutant que l’absence d’une médication que devait prendre l’ACI a peut-être contribué aux gestes pour lesquels il a été condamné.

Le juge Mascia a également imposé plusieurs conditions à l’ACI ; il ne peut communiquer avec les policiers qu’il a menacés, il ne peut pas se rendre sur l’île de Montréal sauf s’il est escorté par la SQ, il ne peut pas communiquer directement ou indirectement avec une femme dont on doit taire l’identité, il doit poursuivre son suivi médical et prendre sa médication sous la supervision d’un sergent de la SQ, il ne doit pas posséder d’arme, y compris un couteau, sauf pour les repas, et enfin, il ne doit pas consommer ni alcool ni drogue, sauf de la marijuana à des fins médicales car il a les prescriptions requises.

L’ACI faisait également face à un chef de menaces de mort envers une femme mais il a bénéficié d’un arrêt des procédures.

Quant aux accusés Massari, Scarfo, Viau et Dion, les procédures se poursuivent en attendant leur procès.

Pour joindre Daniel Renaud, composez-le (514) 285-7000, poste 4918, ou écrivez à drenaud@lapresse.ca