Accusé d’avoir produit de la pornographie juvénile dans son roman d’horreur Hansel et Gretel, l’auteur Yvan Godbout a joué son va-tout cette semaine pour éviter son procès. Dans cette cause phare pour la liberté artistique et d’expression, la Couronne appelle les élus à intervenir pour modifier les comportements en matière de pornographie juvénile.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Yvan Godbout devrait avoir un procès devant juge et jury à la Cour supérieure du Québec à une date encore indéterminée. Les Éditions ADA inc. sont aussi accusées d’avoir produit et distribué ce roman.

Pour faire tomber les accusations, l’avocat de l’auteur, Jean-Philippe Marcoux, était au palais de justice de Sorel-Tracy, lundi et mardi, pour contester la constitutionnalité de certains articles du Code criminel portant sur la pornographie juvénile et sa définition.

D’après la défense, la définition de pornographie juvénile « va trop loin et couvre une gamme de matériel trop vaste », peut-on lire dans une requête déposée par la défense. De plus, elle soutient que la peine d’emprisonnement allant d’un an à quatorze ans dont est passible Yvan Godbout est « totalement disproportionnée, arbitraire et excessive ». Elle souligne que ce qui est visé par l’accusation de pornographie juvénile, ce sont seulement « 14 passages sur un total d’un peu plus de 250 pages ».

Un des autres éléments soulevés par la défense cette semaine est que d’après cet article de pornographie juvénile, une personne ne peut être reconnue coupable si les actes à l’origine de l’infraction ont un but légitime notamment lié aux arts. Ce qui est le cas pour l’œuvre Hansel et Gretel, d’après MMarcoux. Ce dernier affirme aussi que l’auteur dénonce la pornographie juvénile dans son roman qui met en scène un frère et une sœur qui subissent des sévices sexuels et physiques.

Contrairement à lui, l’avocat du ministère de la Justice, MMichel Déom, croit que « la littérature peut ne pas être reliée aux arts ». Pour cette raison, Yvan Godbout et les Éditions ADA inc. peuvent donc avoir leur procès.

Il a également été question de romans signés par d’autres auteurs qui contiennent des passages qui pourraient être qualifiés de pornographie juvénile, comme ceux de Christine Angot, de Gabriel Matzneff et du marquis de Sade. L’avocat du ministère de la Justice a mentionné que dans le cas de ce dernier, le livre serait plus acceptable parce qu’« il y a une critique sociale derrière Sade ».

« J’ai de la difficulté à saisir pourquoi ici, M.  Godbout, on le poursuit, a fait valoir le juge Marc-André Blanchard. Objectivement, j’ai de la difficulté à comprendre. Ça ressemble à de l’arbitraire », a-t-il précisé.

« Le législateur, de temps à autre, doit intervenir pour modifier les comportements, puisque les mœurs et valeurs changent dans la société », a fait savoir Me Déom. Et d’après lui, c’est le cas des sujets qui touchent la pornographie juvénile. « On est rendus là », a-t-il ajouté.

Le juge Blanchard a aussi fait référence au témoignage d’Yvan Godbout, lundi, où il a confié qu’il se sentait « injustement attaqué par l’État », parce que, notamment, on l’obligeait à avoir un procès devant jury alors qu’il préférerait un procès devant juge seul, et également parce qu’il n’a pas droit à une enquête préliminaire.

Lors de son témoignage, Yvan Godbout a confié que tout ce procès était difficile pour lui, qu’il avait eu des idées suicidaires et qu’il avait été hospitalisé.

Rappelons que tout ce litige a commencé à la fin de 2017, lorsque Valérie Harnois, enseignante à la polyvalente de Deux-Montagnes, a porté plainte à la Sûreté du Québec pour dénoncer des passages du roman d’horreur de Godbout qui répondaient d’après elle à la définition de pornographie juvénile du Code criminel.

En mars 2019, alors que les enquêteurs avaient obtenu des mandats d’arrêt, l’auteur « est arrêté chez lui aux petites heures du matin par plusieurs policiers et tout le matériel informatique se trouvant chez lui est saisi », peut-on lire dans la requête déposée par la défense.

Le juge rendra sa décision prochainement. S’il donne raison à l’auteur, il n’y aura pas de procès. Sinon, le procès devant juge et jury qui était fixé pour le mois de septembre sera remis à une date ultérieure, à cause de la pandémie de COVID-19.

 — Avec Louis-Samuel Perron, La Presse

Si vous avez besoin de soutien ou avez des idées suicidaires, vous pouvez communiquer avec un intervenant de Suicide Action Montréal au 1866 APPELLE (1866 277-3553).