(Québec) Des voisines du Vieux-Québec racontent comment un inconnu monte sur leurs balcons en pleine nuit. Il a été capté par une caméra à vision nocturne, signalé maintes fois à la police, mais le mystérieux rôdeur court toujours, au grand désespoir de ces femmes.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Joëlle a déménagé en mars 2019 dans un immeuble du Vieux-Québec. Son balcon est muni d’un escalier de secours et descend dans une cour fermée, qui débouche sur une ruelle méconnue. « C’est vraiment inaccessible. »

Un soir de juin l’année dernière, elle se prépare à aller dormir. Elle entend soudainement des bruits sur son balcon. Au début, elle n’y croit pas. Personne n’a accès à son balcon.

« Il faisait vraiment noir et j’approche avec la lumière de mon cellulaire. Je m’aperçois qu’il y a un gars en train de fumer une cigarette ! Je lui ai lancé : “t’es qui, toi ?” » raconte Joëlle, qui a demandé de ne pas publier son nom de famille par souci de sécurité, tout comme sa voisine Isabelle.

L’inconnu faisait environ 5 pi 10 po, avec de bonnes épaules, portait des lunettes carrées noires. Joëlle raconte que l’homme semblait timide et lui a répondu qu’il était chez le voisin du bas, Christian, qui allait coucher son bébé. Il était monté pour ne pas déranger.

Sauf qu’il n’y a pas de Christian dans l’immeuble. Il n’y a que trois femmes locataires.

« Il avait l’air tellement convaincu que je me suis quasiment sentie mal de l’interpeller. Il a disparu. Je n’ai pas appelé la police à ce moment-là. »

Le lendemain, elle écrit aux deux autres filles de l’immeuble. Elle leur raconte cette rencontre inusitée et, disons-le, effrayante. La locataire en bas lui répond : « Oh, mon Dieu, un gars est aussi venu sur mon balcon à plusieurs reprises. »

Une de ces fois, raconte la voisine, elle dormait nue. Il la regardait par la fenêtre.

Capté la nuit

Joëlle a « capoté ». « On pense que c’est le même gars. Mais on ne l’a jamais toutes vu en même temps, alors on ne peut être certaines », dit-elle.

Joëlle décide d’appeler la police et d’écrire une déposition. Elle raconte n’avoir « pas eu tant de nouvelles » des forces de l’ordre.

Elle décide donc de prendre les choses en main. Elle installe une caméra à vision nocturne sur sa galerie. Son frère lui donne du gaz poivre. Elle a peur que l’homme entre chez elle.

Elle n’a pas à attendre bien longtemps. Quelques jours après sa première apparition, l’homme revient. Un mardi matin de juin 2019, elle se réveille et tombe sur une série de messages de sa voisine. Celle-ci lui raconte avoir aperçu le rôdeur dans la nuit sur son balcon. Elle a tenté de le poursuivre, sans succès, puis a appelé la police.

Joëlle court vers sa caméra et repasse les images de la nuit. Passé minuit, l’homme apparaît. C’est lui sur l’image qui accompagne cet article.

Mais la caméra est mal ajustée. Son visage n’apparaît pas. Elle prend les images et retourne au poste de police. Elle est certaine qu’avec cette preuve, les policiers vont commencer un travail plus soutenu.

« Finalement, je ne me suis pas sentie accueillie par la policière », raconte Joëlle.

« Je lui ai demandé ce que je devais faire. Il faut que j’attende qu’il rentre chez nous ? Elle me répond qu’il faut appeler la police quand il est là, comme on le fait chaque fois. Mais le temps que la police arrive, il est parti. »

« Je suis sortie de là frustrée. J’avais l’impression que personne ne pouvait m’aider dans cette situation-là », dit-elle.

Le SPVQ au fait du dossier

Les choses en sont restées là. Aucune arrestation n’a eu lieu. Puis lundi dernier, en matinée, un homme est monté encore une fois sur le balcon de Joëlle, qui était absente.

C’est Isabelle, une nouvelle voisine de l’immeuble, qui l’a vu. Elle raconte que l’homme avait l’air si à l’aise qu’elle a d’abord pensé que c’était un ami de Joëlle. « Il avait les mêmes épaules que le rôdeur sur la photo captée de nuit », s’inquiète Isabelle. Elle est convaincue qu’il pourrait s’agir du même homme dans tous ces incidents.

Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) confirme que deux plaintes ont été faites dans ce dossier. Elles ont été prises au sérieux et le travail d’enquête a bel et bien lieu, assure le porte-parole Étienne Doyon. Le secteur a notamment été ratissé et les voisins interrogés.

« On est conscients que souvent le sentiment de sécurité des gens est affecté, dit-il. On sait que les gens aimeraient que tout progresse très rapidement et qu’on puisse procéder à une arrestation, mais honnêtement, je considère que ce qui devait être fait l’a été dans ce dossier. »

Joëlle a publié un message sur Facebook. Elle déplore que le dossier stagne. Elle veut que ces visites cessent. Elle est prête à médiatiser l’affaire, si ça peut servir à identifier ce mystérieux rôdeur.

« Il ne vient pas sur mon balcon par hasard. C’est tellement inaccessible », martèle Joëlle.

Après la publication sur les réseaux sociaux, une sergente-détective du SPVQ l’a contactée, ce qui a ravivé l’espoir. Mais elle n’entend pas baisser la garde. Elle a acheté une meilleure caméra et, cette fois-ci, pas question de manquer le visage.