La Sûreté du Québec (SQ) et la police de Laval enquêtent au sujet de trois incendies criminels qui ont ciblé des tours cellulaires de la couronne nord de Montréal. Une des installations incendiées à Laval avait été épinglée la semaine dernière sur Facebook par des militants anti-5G qui associent la pandémie de COVID-19 à cette technologie.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

« L’enquête n’en est qu’à ses débuts, mais c’est clair qu’on est à fouiller les liens avec les anti-5G », indique le porte-parole de la SQ, Hugo Fournier. La police de Laval n’a pas voulu commenter.

Plusieurs actes de vandalisme semblables qui ont ciblé des tours cellulaires en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Irlande et en Nouvelle-Zélande, ces dernières semaines, ont été perpétrés par des militants soutenant que la pandémie de COVID-19 est provoquée par la technologie 5G.

« C’est la nouvelle théorie du complot à la mode », indique Jonathan Jarry, communicateur scientifique à l’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill. La thèse a, selon lui, été largement popularisée en Grande-Bretagne par David Icke, théoricien du complot dont les comptes Facebook et YouTube ont été suspendus, ces jours-ci, pour violation des politiques interdisant les informations trompeuses.

Tôt lundi matin, deux incendies criminels ont été déclenchés à quelques minutes d’intervalle dans les installations techniques situées au pied de tours cellulaires à Piedmont et à Prévost, dans les Laurentides.

« STOP 5G »

La semaine dernière, dans la nuit de jeudi à vendredi, un autre incendie criminel a ravagé une tour cellulaire appartenant à Rogers et Telus, derrière un centre commercial du boulevard Samson, à Laval.

Une photo de cette antenne avait largement circulé sur Facebook et Reddit quatre jours plus tôt, sur différents forums anti-5G.

L’administrateur du groupe « STOP 5G Val-David, Laurentides et autres circonscriptions du Québec », Emmanuel Lavigne, l’a notamment postée avec le commentaire suivant : « Nouvelle tour à Chomedey Laval, au-dessus d’une garderie ! »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

La semaine dernière, dans la nuit de jeudi à vendredi, un incendie criminel a ravagé une tour cellulaire appartenant à Rogers et Telus, derrière un centre commercial du boulevard Samson, à Laval.

La publication a été partagée 171 fois et a généré une cinquantaine de commentaires outrés. « Ostie de malade mental de mettre ça derrière une garderie », a réagi un internaute.

Selon nos vérifications dans le registre foncier, la tour a été installée à cet endroit par Rogers Cantel… en 1999.

Les antennes ne servent par ailleurs qu’aux technologies 4G et 3G pour le moment.

L’incendie a néanmoins été célébré par des internautes. « Je suis désolée de dire ça, mais je suis vraiment contente que ça arrive et les personnes qui on fait ça y’ont eu du courage en crime de le faire et j’espère qu’ils vont continuer », a écrit une internaute sur le groupe « STOP 5G Val-David ».

Thèse « farfelue »

Joint par La Presse, l’administrateur du groupe, Emmanuel Lavigne, s’est dissocié de tout geste de vandalisme. « Je ne suis pas d’accord avec la violence, a-t-il souligné, mais on n’est pas là pour dire au monde quoi penser. »

M. Lavigne fait un lien entre les antennes 5G et la pandémie de COVID-19. Les ondes utilisées pour la 5G, selon lui, peuvent provoquer de l’hypoxie, une pénurie d’oxygène dans le sang qui est constatée chez plusieurs personnes atteintes de l’infection au coronavirus. « À cause de la pandémie, il y a un tel bouillonnement de statistiques qui fait en sorte que, quand on a une grippe ou une pneumonie en ce moment, on est automatiquement considéré comme un cas de COVID-19, dit-il. Si on avait un appareil technologique peu sécuritaire qui serait capable de causer de l’hypoxie chez certaines personnes plus sensibles, ces gens-là se retrouveraient à l’hôpital et se plaindraient exactement des mêmes symptômes que la COVID-19 et seraient considérés comme des victimes de la COVID-19 pour des fins de statistiques. »

Sa thèse est qualifiée de « farfelue à la base » par le conseiller scientifique de l’Institut national de santé publique du Québec, Mathieu Gauthier, qui s’est penché sur les effets des radiofréquences sur la santé humaine. « Il n’y a aucune information dans la littérature scientifique qui indique, ou même qui suggère, que le corps humain réagit de façon différente à ces ondes qu’à celles des technologies plus vieilles », dit-il.

« C’est pire que de la spéculation, parce que ça va au contraire des preuves et des connaissances scientifiques qu’on a à ce sujet. Pour avancer ce genre de chose, il faut des preuves très solides et il n’y en a juste pas. »

« Les gens se mélangent »

Un autre groupe Facebook appelé « STOP 5G Prévost » a aussi été créé le 27 avril, quelques jours avant l’incendie de lundi. Son administrateur, Bernard Anton, a immédiatement condamné l’incident lorsque La Presse l’en a informé. « Oh ! mon Dieu ! Les gens ne sont pas satisfaits, ils ont peur et ils ont beaucoup d’appréhensions concernant ces antennes, avec tout ce qu’on entend dans les nouvelles », a-t-il réagi.

« C’est triste, je suis contre la violence. Les gens se mélangent entre les nouvelles antennes et les anciennes. Les gens paniquent, ils ne veulent rien savoir de ça. Moi, ce n’est pas ma stratégie. Si je publie quelque chose sur ma page Facebook, ce ne sont que des sommités qui parlent », assure-t-il.

Parmi des informations publiées sur le groupe Facebook « STOP 5G Prévost » se trouvent des thèses sur les « dangers de la 5G » du Dr Paul Héroux, un biostatisticien et épidémiologiste de McGill.

« Il faut faire attention avec les thèses du professeur Héroux, dit Jonathan Jarry, de l’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill. C’est quelqu’un qui, depuis longtemps, a cette théorie que les rayonnements à basse fréquence ont des effets néfastes sur la santé humaine. Ça va à l’encontre de tous les consensus scientifiques des organisations majeures à ce sujet. C’est une anomalie dans cette sphère d’activité », ajoute-t-il.

« Comme tous les professeurs d’université, il a droit à une certaine liberté d’expression, mais la communauté scientifique le critique aussi. Il y a toujours des professeurs qui ont des propos hors normes, ça fait partie de la game. »

Le Dr Héroux n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.