Hameçonnage sur Kijiji, séance de photos, transport vers les clients : la conjointe d’un proxénète et prédateur sexuel condamné à 15 ans de pénitencier risque à son tour de se retrouver derrière les barreaux pour avoir aidé son complice à diriger un réseau d’escortes impliquant des adolescentes.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Claire Nicolle a plaidé coupable en février dernier à des accusations de proxénétisme, de publicité de services sexuels et d’avantage matériel provenant de la prestation de services sexuels. La Montréalaise de 31 ans a admis avoir participé « ponctuellement » à l’entreprise criminelle de son conjoint qui avait élaboré un stratagème pour piéger des adolescentes.

Ce dernier a fait neuf victimes entre 2014 et 2017, principalement des adolescentes de 15 à 17 ans. Luis Fernando Camacho Vera a plaidé coupable l’an dernier à une vingtaine d’accusations pour agressions sexuelles, contacts sexuels, leurres d’enfant et proxénétisme.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Luis Fernando Camacho Vera

Ces crimes sordides ont eu des répercussions « lourdes et dramatiques » sur ses victimes. Luis Fernando Camacho Vera « roulait sur l’or » grâce à son entreprise d’escortes.

Avec l’aide de Claire Nicolle, il attirait des adolescentes dans son salon de massage de la rue Jean-Talon grâce à des offres d’emplois de réceptionniste ou de masseuse sur des sites d’annonces. Un « hameçonnage insidieux », selon une juge.

Sous le nom de « Zoé », Claire Nicolle s’est ainsi mise à échanger par courriel avec une victime de 16 ans qui répondait à une annonce d’emploi. À sa demande, la victime lui a fait parvenir des photos d’elle nue. Ils ont ensuite fixé un rendez-vous en vue d’une « entrevue » d’embauche, selon l’exposé conjoint présenté en cour.

Luis Fernando Camacho Vera a alors appliqué le même modus operandi que pour d’autres victimes. Sous l’alias de « Carlos », il a amené la victime dans une chambre, l’a agressée sexuellement sans condom, puis l’a incitée à se prostituer. Même si elle avait 16 ans, le prédateur lui demandait de prétendre avoir 19 ans devant les clients.

Claire Nicolle jouait également un rôle important auprès des victimes. C’est elle qui a suggéré à l’adolescente son nom d’escorte et qui l’a conduite chez ses premiers clients. La proxénète a également procuré des condoms à la victime, et a parfois reçu ses gains. L’adolescente s’est prostituée pendant près d’un an jusqu’à leur arrestation.

La Montréalaise a aussi reconnu avoir commis des crimes auprès de deux autres victimes. L’accusée a notamment conduit une adolescente de 15 ans, agressée sexuellement par Camacho, à plusieurs clients, en lui indiquant les prix de ses services. Dans un autre cas, Claire Nicolle a pris des clichés osés d’une jeune femme recrutée et agressée sexuellement par son conjoint.

Les victimes du couple ont été marquées au fer rouge par ces événements. Lors de l’imposition de la peine de Camacho, la juge Mylène Grégoire avait souligné « l’immense courage » des jeunes femmes. « Grâce à leur force, leur combativité, leur résilience, elles ont permis de mettre un terme à cette exploitation, à cette maltraitance et à ces abus, tout en prévenant sans doute que d’autres personnes subissent le même sort », avait relevé la juge.

Les observations sur la peine à imposer auront lieu la semaine prochaine. MPascal Dostaler représente le ministère public, alors que MMike Junior Boudreau défend l’accusée.