(Granby) Le père et la belle-mère de la fillette de Granby, morte dans des circonstances tragiques il y a bientôt un an, ont renoncé lundi à subir leur enquête préliminaire. Leur procès devant jury risque toutefois de ne pas se tenir cette année.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« Vous êtes cité à procès », a déclaré à deux reprises le juge Conrad Chapdelaine lundi matin au palais de justice de Granby. « Vous êtes conscient des conséquences ?  », a lancé l’avocate du père à son client. « Oui », a prononcé l’homme de 30 ans, vêtu d’un veston noir. Celui-ci a été remis en liberté sous conditions l’automne dernier.

L’audience n’a duré que quelques minutes lundi matin dans une microscopique salle d’audience. Plusieurs membres du public ont ainsi été refoulés à la porte, alors que des journalistes ont assisté à l’audience debout.

Le père de famille a ainsi demandé de subir un procès devant jury pour des accusations de négligence criminelle causant la mort, de séquestration, d’abandon d’enfant et d’avoir omis de fournir les choses essentielles à la vie de l’enfant. La belle-mère de 36 ans aura pour sa part un procès distinct pour une accusation – plus grave – de meurtre non prémédité.

Contrairement à ses premières comparutions, la femme n’a pas caché son visage au public avec sa longue tignasse dans le box des accusés. Liette Laroche, une amie de la famille, voyait ainsi son visage pour la première fois. « J’ai pensé à Cruella… », a-t-elle confié aux journalistes, en référence au personnage fictif de l’œuvre Les 101 Dalmatiens. « C’est pas drôle. Quand tu sais toute l’histoire, que tu as vu toutes les photos », a-t-elle lâché.

La belle-mère devait subir son enquête préliminaire cette semaine à Granby. Essentiellement, cette étape permet à la Couronne de démontrer qu’il y a suffisamment de preuve pour convaincre un jury du bienfondé des accusations. Mais cette décision des accusés ne signifie pas pour autant un procès rapide.

Un procès dès 2020 pour l’un des accusés serait « surprenant », estime MClaude Robitaille, procureur de la Couronne. Il ignore d’ailleurs lequel d’entre eux aura son procès le premier. « Je ne sais pas. C’est une décision qui revient à la Cour supérieure. Parfois les tribunaux vont favoriser les personnes qui se sont détenues », a-t-il expliqué en mêlée de presse.

La Couronne a annoncé au juge avoir besoin d’environ six semaines pour présenter sa preuve à chaque procès. On peut donc s’attendre à un procès d’au moins deux mois – voire trois – en allouant du temps à la défense et aux délibérations.

La tenue de deux procès certainement très médiatisés rendra-t-il difficile la formation d’un jury neutre et impartial à Granby ? Non, tranche MRobitaille. « Il y a beaucoup d’autres dossiers dans le passé qui ont été excessivement médiatisés. Ça ne nous a pas empêché de trouver des jurys. Je ne vois pas pourquoi ce serait différent dans ce cas-ci. »

Nous ne pouvons pas publier le nom des accusés pour protéger l’identité des enfants impliqués dans le dossier.

La mort tragique de la fillette de sept ans, en avril 2019, a suscité une vive émotion dans la population et dans la classe politique québécoises. Le gouvernement Legault a mis sur pied une commission d’enquête sur la protection de la jeunesse, dirigée par Régine Laurent, ainsi qu’une enquête publique du coroner.