(Saint-Jérôme) Une femme de 29 ans de Sainte-Marthe-sur-le-Lac a écopé vendredi de huit ans de pénitencier pour avoir commis l’homicide involontaire de son bébé il y a deux ans et avoir fait disparaître le corps de deux nouveau-nés. Un drame terrible qui a marqué à jamais les vies de son ex-conjoint et de leur unique enfant survivant.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Le jeune père endeuillé était si furieux vendredi à la barre des témoins que le juge James Brunton a coupé court à son témoignage. « Elle est un danger pour la société et elle le sera toujours ! Elle va sortir de prison et détruire plus de vies. [.. ] Elle manipule, elle ment et vole. Elle n’a aucun remords, elle n’a aucune connexion avec le monde réel. Si on la laisse sortir, elle va seulement détruire des vies ! », s’est indigné son ex-conjoint, blanchi par l’enquête policière.

Dans le box des accusés, la jeune femme affichait un sourire narquois en écoutant le cri du cœur de son ex-conjoint. Cheveux courts noirs, le regard sévère, l’accusée ne ressemblait plus à la jeune femme au visage juvénile qui a comparu une première fois en novembre 2017. Elle était alors accusée du meurtre au premier degré de trois bébés.

La jeune femme a toutefois éclaté en sanglots pendant le témoignage de la mère de son ex-conjoint, alors qu’elle expliquait les difficultés d’élever la fillette de quatre ans avec une mère en prison. « Si tu l’aimes, comme tu le prétends, laisse-la vivre une vie normale… […] Tu prétends être une bonne mère, mais selon nous, une bonne mère ne détruit pas le futur d’un enfant », a dit la grand-mère, qui regrette toujours d’avoir laissé « entrer le diable » dans leur vie.

Les deux témoins ne sont pas les seuls à insister sur les mensonges récurrents de l’accusée. « À toute fin pratique, [elle] a été une menteuse toute sa vie », a résumé le juge James Brunton qui considère « troublant » le rapport d’évaluation psychologique déposé par la défense. « Elle ne souffre pas de maladie psychiatrique. Elle a choisi de mentir pour avancer dans la vie », a conclu le juge.

Le juge de la Cour supérieure a néanmoins entériné la suggestion commune de huit ans de détention, dont il reste environ cinq ans à purger en raison du temps purgé en détention préventive.

Trois corps retrouvés au sous-sol

La femme de 29 ans a évité de subir un procès pour triple meurtre en plaidant coupable l’été dernier à quatre chefs d’accusation au palais de justice de Saint-Jérôme. Selon le résumé des faits, l’accusée s’est rendue à l’hôpital de Saint-Eustache en octobre 2017 à la suite d’une hémorragie vaginale. Une gynécologue a constaté que la jeune femme avait accouché. Or, celle-ci le niait. Des policiers se sont alors rendus à son domicile de Sainte-Marthe-sur-le-Lac à la recherche d’un bébé, mais n’ont trouvé que des traces de sang dans la salle de bain.

Des enquêteurs ont fait plus tard une macabre découverte : le corps d’un premier bébé au sous-sol de la résidence dans une cuve, sous le lavabo, enveloppé dans un drap. Selon l’autopsie, le bébé était vivant et viable à la naissance. C’est ce qui explique la reconnaissance de culpabilité de l’accusée pour un homicide involontaire.

Deux autres cadavres de bébés se trouvaient dans la même pièce, cachés dans deux sacs de plastique. En raison de leur état, il n’était pas possible de prouver hors de tout raisonnable qu’ils étaient vivants à la naissance. L’accusée a ainsi plaidé coupable à deux chefs d’accusation pour avoir « fait disparaître le cadavre d’un enfant dans l’intention de cacher le fait que sa mère lui a donné naissance » entre décembre 2014 et février 2017.  

La jeune mère a également plaidé coupable à une accusation de « corruption d’enfants » pour avoir « rendu la demeure impropre à la présence » de son seul enfant vivant ou avoir « mis en danger les mœurs » de celui-ci. À la naissance de la fillette, l’accusée a nié savoir qu’elle était enceinte. Une affirmation contredite par un témoin.  

L’accusée est défendue par Me Catherine Ranalli et Me Julien Archambault, alors que la procureure de la Couronne Me Caroline Lafleur représente le ministère public.