Pourchassé par les policiers, Sébastien Théodore a brûlé des feux rouges, roulé sur le trottoir et conduit à contresens un samedi matin en plein quartier résidentiel de Montréal. Une femme qui pelletait devant chez elle a été gravement blessée dans la poursuite. Tout ça parce que le chauffard refusait de reconnaître l’autorité de la police provinciale.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

Les tribunaux doivent réprimer le « fléau » de la conduite dangereuse en imposant une peine sévère à Sébastien Théodore, a plaidé hier la Couronne au palais de justice de Montréal. L’homme de 41 ans a été reconnu coupable, dimanche, par un jury de conduite dangereuse au terme d’un procès d’un mois. Il a toutefois été blanchi des chefs de conduite dangereuse causant des blessures à une passante et un policier.

Le ministère public réclame une peine de trois ans de prison pour Sébastien Théodore, assortie d’une probation de trois ans, en raison de sa « conduite irresponsable en zone urbaine » et de son « mépris des règles de société ».

« La peine doit envoyer un message clair à Monsieur, à la société et au public que les tribunaux répriment ce type de conduite dangereuse », a insisté la procureure de la Couronne, Me Sylvie Dulude.

« Les menteries, ça va faire ! Les menteries, j’accepte pas ça ! », s’est insurgé Sébastien Théodore pendant la plaidoirie de la poursuite. L’homme à la philosophie proche des « Freeman on the land » se représente seul. La procureure a relevé à plusieurs reprises que l’accusé jugeait les lois illégales et qu’il s’était fait « justice » ce jour-là.

Sébastien Théodore a été intercepté par la Sûreté du Québec (SQ) le 17 novembre 2018 parce que son permis de conduire avait été suspendu. Mais comme le Longueuillois estime que les lois provinciales ne s’appliquent pas, il a refusé de s’arrêter. Il affirme avoir eu l’intention de se rendre à la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Il a alors été pourchassé pendant des kilomètres par la SQ en violant allègrement les règles de sécurité routière. Nancy Carrier a été percutée de plein fouet par un véhicule à la fin de la poursuite. Le jury n’a toutefois pas établi hors de tout doute raisonnable la responsabilité de Sébastien Théodore.

« Ça ne doit jamais arriver »

Nancy Carrier, qui conserve de lourdes séquelles physiques et psychologiques, reproche aux policiers de la SQ de ne pas avoir respecté l’ordre de cesser la poursuite. « Une poursuite policière dans la Ville de Montréal, où il y a des enfants, c’est ça qui m’a le plus troublée. Ça ne doit jamais arriver », a-t-elle confié à La Presse.

La Montréalaise a insisté pour se faire entendre en salle de cour hier. Elle a même interrompu le juge James Brunton en pleurant. « Monsieur le juge ! J’ai besoin de parler ! », a-t-elle lancé. Le juge l’a autorisée à s’exprimer, mais en lui précisant que son témoignage n’aurait aucune valeur dans la détermination de la peine.

Sébastien Théodore maintient avoir droit à ses « convictions politiques » en vertu de la Charte et assure respecter de nombreuses lois. Il a demandé au juge de rejeter la jurisprudence déposée par la Couronne. Empathique envers Mme Carrier, il dit regretter que les évènements aient « dégénéré » ce jour-là.

Le ministère public demande de priver le chauffard de son permis de conduire pendant trois ans. « Il ne faut pas attendre que Monsieur tue quelqu’un. Je suis loin d’être rassurée que Monsieur récupère son permis de conduire », a plaidé Me Dulude.

Le juge rendra sa décision lundi au palais de justice de Montréal.