L'ex-maire de Terrebonne, Jean-Marc Robitaille, son chef de cabinet et le directeur général de la municipalité étaient au coeur d’un système de corruption basé sur le partage de contrats publics à des firmes d’ingénierie dans les années 2000. Les trois accusés ont profité pendant des années de ristournes en argent comptant, de voyages à Las Vegas et d’autres avantages des entrepreneurs faisant affaire avec la Ville.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

C’est la thèse qu’entend prouver la Couronne au procès pour corruption dans les affaires municipales et abus de confiance des quatre accusés qui s’est ouvert lundi matin au palais de justice de Saint-Jérôme.  

L’ancien élu Jean-Marc Robitaille, son bras droit Daniel Bélec, l’ancien directeur général adjoint, puis directeur général Luc Papillon et l’entrepreneur Normand Trudel ont été arrêtés l’an dernier par l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

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L'ex-chef de cabinet du maire de Terrebonne, Daniel Bélec.

«Les administrateurs de la Ville auraient permis et maintenu un système de corruption notamment basé sur le partage de contrats, ayant pour effet de favoriser des firmes d’ingénieurs et des entrepreneurs au détriment des autres», a plaidé le procureur de la Couronne Me Martin Duquette, dans son exposé introductif.

Selon la théorie de la poursuite, Jean-Marc Robitaille a donné une «directive verbale» pour répartir les contrats entre deux firmes d’ingénierie sur le territoire de la nouvelle ville fusionnée au début des années 2000. Jean Leroux, de la firme LBHA, bénéficiait d’un territoire protégé pour les anciennes villes de Lachenaie et La Plaine, alors que son concurrent André Maisonneuve profitait du territoire de l’ancienne ville de Terrebonne, avance la Couronne.

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L'ex-directeur général de la ville de Terrebonne, Luc Papillon.

«Cette directive constitue ni plus ni moins la pierre d’assise du système de corruption mise en place par les fonctionnaires sus mentionnés, qui ont ensuite tiré profit de diverses façons», a déclaré Me Duquette en ouverture du procès.  

Jean-Marc Robitaille, maire de Terrebonne jusqu’en 2016, a profité personnellement de nombreux avantages grâce à ce système de corruption, selon la poursuite. Les entrepreneurs Normand Trudel et Aurèle Théberge ont ainsi payé des milliers de dollars pour l’agrandissement du chalet du maire.

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L'entrepreneur Normand Trudel et l'ex-maire de Terrebonne Jean-Marc Robitaille.

L’ancien élu et le coaccusé Luc Papillon ont participé à plusieurs voyages à Las Vegas en compagnie de Jean Leroux, dirigeant d’une firme d'ingénierie, aux frais de ce dernier. L’ex-maire a aussi participé à des voyages de pêche dans des pourvoiries du Québec. «La valeur de ces avantages s’élève à plusieurs dizaines de milliers de dollars répartis sur plusieurs années», avance la Couronne.

Le ministère public entend également prouver que deux entrepreneurs ont versé au chef de cabinet du maire à l’époque, Daniel Bélec, plus de 200 000 dollars en argent comptant sur une période de 10 ans. Ces remises étaient faites au profit de MM. Bélec et Robitaille en échange d’avantages aux entrepreneurs, selon la poursuite.  

Des dizaines de témoins seront entendus par le ministère public pendant le procès.