(Saint-Jérôme) Véronique Barbe a poussé un « cri de mort » le 14 septembre 2017, a martelé un témoin de la défense vendredi au procès d’Ugo Fredette pour les meurtres au premier degré de sa conjointe Véronique Barbe et Yvon Lacasse au palais de justice de Saint-Jérôme.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse


Cette deuxième journée d’audience pour la défense d’Ugo Fredette a surtout été occupée par des discussions hors jury, dont nous ne pouvons rapporter la teneur. Trois témoins ont quand même été appelés à la barre en matinée pour livrer de brefs témoignages, dont un policier de la Sûreté du Québec et une voisine du couple.


Le 5e témoin de la défense, Maurice Richard, habitait juste à côté du couple Fredette-Barbe en septembre 2017. Le jour du drame, vers 17 h 30, il a entendu une chicane chez ses voisins, puis un véritable « cri de mort ».  

PHOTOS DE LA COUR

Photos déposées en preuve qui montrent le balcon arrière de la résidence d'Ugo Fredette et Véronique Barbe. C'est là que Fredette aurait poignardé une première fois la victime, selon la Couronne.


Pourtant, le témoin avait évoqué un « cri de rage » dans sa déclaration aux policiers, a soulevé l’avocat de l’accusé, Me Louis-Alexandre Martin. Placé devant cette déclaration contradictoire, le témoin a maintenu sa version des faits avec conviction.

« J’ai dit : "cri de mort". Si [le policier] a indiqué "cri de rage", je ne l’ai pas vu. Je vais vous dire une chose, depuis cette journée qu’on a ce souvenir de cri de mort-là… c’était un cri de mort. Et ça suit encore aujourd’hui… », a-t-il soufflé, ému.


Au tout début du procès, sa femme Christine Gouin a raconté avoir vu, à partir de son balcon, Véronique Barbe être tirée dans sa maison par Ugo Fredette, alors qu’elle était « molle » comme une « poupée de chiffon ». Elle avait ensuite pressé Maurice Richard de contacter le 9-1-1. Les policiers ont découvert le corps de Véronique Barbe quelques minutes plus tard chez leurs voisins, mais Ugo Fredette n’était déjà plus sur les lieux.


Ugo Fredette voulait « protéger » un enfant


Un homme dénigré, raillé et malmené psychologiquement par sa conjointe. Un homme attaqué au couteau par sa conjointe et frappé par un septuagénaire. Un homme prêt à tout pour « protéger » un enfant de six ans. Ugo Fredette a atteint son « point de rupture », lorsqu’il a tué Véronique Barbe et Yvon Lacasse en plein « désordre émotif », a plaidé jeudi l’avocat de l’accusé.

« On ne vous demande pas de blanchir Ugo Fredette. Ce qu’on vous demande, c’est de l’acquitter des deux chefs d’accusation de meurtre [au premier degré] et de le condamner d’homicide involontaire », a plaidé jeudi au jury Me Louis-Alexandre Martin dans sa déclaration d’ouverture de défense d’une vingtaine de minutes.


Selon la théorie de la défense, Véronique Barbe « manque de respect » envers Ugo Fredette dans leur relation de couple. Elle lui crie après, médit contre lui et le dénigre, alors que lui, l’aime, et est « prêt à tous les compromis ». Blessé, il « emmagasine » cette énergie.  


Mais « Véronique tient Ugo par le sexe », avance Me Martin. Ils règlent ainsi leurs conflits en « faisant l’amour de façon torride », notamment la veille du drame, insiste l’avocat.


Le jour fatidique, Véronique Barbe parle avec son ex-conjoint. Face à un « dilemme cornélien », elle fait vivre une « journée d’enfer à Ugo », parce qu’elle le blâme pour quelque chose que nous ne pouvons révéler. « Hors d’elle », Véronique Barbe lui lance des paroles qui « déclenchent » quelque chose dans la tête d’Ugo Fredette.  


Toujours selon la version de la défense, Véronique Barbe pousse son conjoint dans le haut de l’escalier et se dirige dans l’angle mort de la cuisine. En colère, Ugo Fredette la rejoint, mais celle-ci tient un couteau dans les mains et essaie de lui donner un coup avec son arme.

« Il va le bloquer avec sa main, et là, l’énergie emmagasinée de toutes les railleries, de la médisance, du dénigrement, va sortir. Il voit noir. Il ‘’tilte’’. Il ‘’snappe’’. Sa mémoire va être par flashes, il va se souvenir d’avoir donné un coup de couteau à Véronique sur le patio, dans son bras gauche, par la suite, black-out. Il ne se souvient plus de rien », explique l’avocat de la défense.


Ugo Fredette revient à ses esprits et part avec l’enfant. « Il vient de vivre un traumatisme, il va venir vous le conter. Un désordre émotif s’installe. Ça va venir colorer toutes, toutes, toutes ses décisions », a insisté Me Martin. L’accusé conduit jusqu’à la halte routière de Lachute. Il s’arrête aux toilettes et laisse l’enfant dans le camion. Mais à son retour, l’enfant n’est plus là. Une « vision d’horreur » : il voit Yvon Lacasse tirer l’enfant vers l’intérieur de sa voiture.  


Ugo Fredette prend l’homme de 71 ans par le collet, mais ce dernier lui « écrabouille » les lunettes. « L’état d’esprit chambardé », l’accusé donne des coups de poing au visage d’Yvon Lacasse. La bagarre se poursuit dans le véhicule. Ugo Fredette fait une prise de judo à la victime qui se frappe la tête au sol. Il dépose son corps dans un bois et continue sa route vers l’Abitibi. Il est arrêté le lendemain en Ontario.

« Jamais durant la bagarre, il n’a voulu tuer ce monsieur. Il interprète que le monsieur continue à se battre parce qu’il veut enlever [l’enfant]. Il est hyperstressé, il a peur, et il est en totale panique », a raconté Me Martin au jury jeudi.   


Selon la théorie de la Couronne, Ugo Fredette a tué sa conjointe Véronique Barbe, parce qu’il refusait d’accepter leur rupture. Il a ensuite battu à mort Yvon Lacasse pour lui voler son véhicule pendant sa fuite avec l’enfant. Me Steve Baribeau, Me Alexis Marcotte-Bélanger et Me Karine Dalphond représentent le ministère public.


Le procès se poursuit lundi devant la juge Myriam Lachance au palais de justice de Saint-Jérôme.