Quand il a échafaudé un plan pour tuer une femme dans un immeuble de l’est de Montréal, où il s’est introduit avec des armes en compagnie de son frère, Omar Bulphred s’adonnait à un jeu «tordu», mais n’avait pas vraiment l’intention de commettre un meurtre.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

L’homme de 34 ans, qui a déjà été condamné pour des attaques envers des institutions juives, a expliqué lundi au tribunal qu’il était autiste et avait de la difficulté à ressentir des émotions.

«Mais je n’ai jamais eu l’intention de tuer quelqu’un», a-t-il dit, lisant sur un ton monocorde une lettre devant le juge.

Bulphred a été piégé par son frère, qui l’a enregistré à son insu, pour ensuite le dénoncer à la police.

«Certaines conversations mettent de l’avant le projet de tuer quelqu’un, le désir de voir ce que ça peut apporter», a expliqué son avocat, Me Charles Montpetit. «Mais pour lui, c’était des mindgames. Il n’a jamais eu le désir réel de commettre un meurtre, même s’il s’est introduit dans un appartement pour y commettre des méfaits.»

«Quel est le danger posé par quelqu’un qui joue à des jeux tordus, qui peuvent faire peur?»

Omar Bulphred a plaidé coupable à deux chefs d’accusation, pour introduction par effraction et port d’arme dans le but de commettre un acte criminel. Le juge Thierry Nadon a accepté sa reconnaissance de culpabilité; il n’aura donc pas de procès pour les sept chefs d’abord portés contre lui.

Il pourrait cependant recevoir l’étiquette de délinquant à contrôler, à la suite d’une évaluation ordonnée par la cour, avant de recevoir sa peine.

Fasciné par les tueurs en série

L’exposé conjoint des faits, présenté lundi au tribunal, évoque «un jeu découlant d’une fascination obsessive qu’il entretient depuis longtemps à l’égard des tueurs en série».

Quand ils se sont introduits dans un immeuble de logements situé près de la Place Versailles, en décembre 2017, Bulphred et son frère étaient armés d’une lame, d’un tournevis et d’un extincteur. L’accusé était cagoulé. Son frère «devait aller cogner à l’appartement de la femme ciblée, la pousser à l’intérieur et l’accusé devait les rejoindre pour la poignarder avec le tournevis et finalement mettre le feu. Si la femme était absente, ils avaient prévu d’attendre qu’une femme inconnue passe dans le couloir», indique l’exposé des faits.

Après avoir été aperçus par le concierge, les deux hommes se sont contentés de vandaliser un appartement vacant. Ils devaient cependant retourner sur les lieux le lendemain pour mettre leur plan à exécution, après avoir acheté un liquide inflammable.

Le frère d’Omar Bulphred, qui l’a dénoncé à la police, est aussi atteint d’autisme, a expliqué l’avocat de la défense lundi.

Condamné en 2009

En 2009, Omar Bulphred avait été condamné à huit ans de détention pour avoir planifié un attentat contre un centre communautaire juif et incendié une école juive d’Outremont, au nom du «djihad islamique».

Sa haine des juifs s’est développée en prison, où il s’est mis à pratiquer la religion musulmane de façon radicale, au contact de détenus extrémistes, avait-il raconté à La Presse en 2015, alors qu’il se disait repenti.