Cinquante organisations de défense des droits de la personne s’opposent au projet de construction d’un nouveau centre de détention provisoire pour migrants à Laval dont l’ouverture est prévue pour 2021.

Nicolas Bourcier
La Presse

Le projet lancé en 2016 via le Cadre national en matière de détention liée à l’immigration (CNDI) bénéficie d’un investissement de 138 millions sur cinq ans d’Ottawa et se construira à proximité de l’actuel Centre de prévention de l’immigration (CPI). Il pourra recevoir 158 réfugiés supplémentaires. Un autre centre est aussi en construction à Surrey, en Colombie-Britannique, à proximité de Vancouver.

« Le projet représente un investissement supplémentaire dans un système violent qui devrait être aboli. Un système dont l’objectif central est le respect des frontières coloniales et la division mondiale injustifiable de la richesse et du pouvoir », a déclaré Rosalind Wong, organisatrice communautaire à Solidarité sans frontières, en conférence de presse. Ils avaient laissé une chaise vacante « pour symboliser tous ceux qui ont été détenus et qui ne peuvent être présents avec nous aujourd’hui », a ajouté Mme Wong.

Les différents organismes présents ont dénoncé les conditions de détention des migrants dans ces centres. On reproche aussi au gouvernement la détention indéterminée des migrants en attendant le dénouement des procédures judiciaires. Cette situation risque de changer puisque la Cour suprême a statué la semaine dernière que l’habeas corpus, le droit qui garantit à une personne arrêtée une présentation rapide devant un juge, s’applique aussi aux détenus migrants.

L’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) garde en détention des migrants qui présentent un risque de fuite, qui sont dans l’incapacité de prouver leur identité ou qui sont suspectés de représenter un danger pour le public.

Le projet mené par le gouvernement fédéral, octroyé au cabinet d’architecture Lemay, se veut un moyen plus humain de détenir les migrants dans l’attente de leur identification et de leur possible extradition. Les clôtures seront recouvertes de verdure, les barreaux de fer aux fenêtres seront le moins visibles possible de l’extérieur et une aire pour les enfants sera encadrée d’une barrière visuelle de six pieds de haut.

Ces mesures sont vues par les organismes de défenses des droits de la personne comme une campagne de « relations publiques ». « C’est montrer que c’est plus beau, mais pour les gens à l’intérieur, cela ne change strictement rien », dénonce Camille Bonenfant de Solidarité sans frontières.

Les organismes signataires souhaitent profiter de la campagne électorale fédérale de cet automne pour que leur message soit entendu et pour informer la population sur la réalité des migrants dans les centres de détention.

En février, des manifestants ont vandalisé avec de la peinture le siège social de l’entreprise d’excavation Loiselle à Salaberry-de-Valleyfield participant au projet. Au printemps 2018, des militants ont aussi libéré une grande quantité de criquets dans les locaux du cabinet d’architectes Lemay.