Avec des militants qui se radicalisent et qui se font de plus en plus agressifs, aux dires du SPVM, la police annonce qu'elle pourrait appliquer la loi et la réglementation municipale de façon plus rigoureuse demain soir, à l'occasion de la 17e manifestation annuelle du 15 mars contre la brutalité policière.

Mis à jour le 14 mars 2013
David Santerre
David Santerre LA PRESSE

L'an dernier, dopée par le conflit étudiant qui faisait rage et les nombreuses récriminations des manifestants contre la police qui en découlaient, la manifestation avait regroupé plus de 2000 manifestants dont 226 avaient été arrêtés, majoritairement pour avoir enfreint des règlements municipaux. Cette année, les policiers disposent d'un outil supplémentaire, soit le règlement P6, qui empêche de manifester en portant un masque et qui rend illégale toute manifestation dont l'itinéraire n'a pas été fourni aux autorités. Les hauts dirigeants du SPVM ont rencontré les médias ce jeudi matin pour parler de cet événement annuel, et disent ne pas avoir d'autre choix que d'appliquer ce règlement avec plus de vigueur que dans le passé si des débordements surviennent.

«Le conflit social est derrière nous, mais on sent qu'un mouvement est toujours présent. Les casseurs sont toujours présents et ils ont réussi à mobiliser d'autres personnes», a indiqué Pierre Brochet, directeur adjoint et chef des opérations à la police de Montréal.

Il a insisté sur le fait qu'il est légitime pour des gens de manifester, qu'il est même «important de dénoncer la brutalité policière», mais que cela doit se faire pacifiquement.

Sur papier du moins, il rejoint ici François du Canal, représentant du Collectif opposé à la brutalité policière (COBP), qui organise la manifestation, lequel affirmait ce matin dans La Presse que «nous, on organise une manifestation. On n'invite pas les gens à venir casser des vitres». Il dénonçait le fait que la casse fasse chaque année ombrage au message des manifestants.

Dans les faits, les manifestations du 15 mars finissent presque toutes en affrontements entre manifestants et policiers.

Et dans ces manifestations comme dans celles des étudiants le printemps dernier et ces derniers jours, militants et policiers s'accusent mutuellement d'avoir déclenché les hostilités.

Lors de la rencontre avec la presse, Pierre Brochet a dit que lorsque lui et ses troupes prennent des décisions sur le type d'intervention à mener lors d'une manifestation, il pense aux répercussions que celle-ci aura dans les jours et semaines à venir.

«On doit penser à long terme quand on décide d'agir. Il faut faire attention que des gens ne se radicalisent pas à cause de notre intervention policière», a-t-il mentionné.

Mais quand on parlait aux militants lors des manifestations récentes, plusieurs disaient que c'était justement les interventions policières répétées qui causaient leur radicalisation. Plusieurs disent être en furie de se faire charger par les hommes du groupe d'intervention alors qu'ils manifestent pacifiquement. Ils ont l'impression de payer pour une minorité de casseurs. Cela fait croître leur colère contre la police.

Pierre Brochet a beaucoup utilisé le mot «radicalisation» au cours de la rencontre. Il a indiqué que le groupe de casseurs potentiels à surveiller lors des manifestations était généralement d'une cinquantaine le printemps dernier, mais que lors des dernières manifestations, les 26 février et 5 mars derniers, on parlait de 200 à 300.

«Lors de la manifestation du 5 mars, nous avons reçu des projectiles de toutes sortes. Ce qui est nouveau, c'est qu'on se fait tirer dessus avec des pistolets de détresse marins et des feux d'artifice. C'est du magnésium, ça, et ça brûle. Deux policiers ont été blessés comme ça», renchérit l'inspecteur-chef Alain Bourdages, de la Section planification opérationnelle.

Lui aussi trouve que les manifestations ont changé et les compare à un nouveau «sport extrême urbain» auquel des gens participent sans penser aux conséquences, notamment celle de se retrouver avec un casier judiciaire.

Quant à l'utilisation de grenades assourdissantes, en principe conçues pour être lancées par les agents et exploser plusieurs mètres au-dessus de la foule dans le but de désorienter momentanément les manifestants, il y a eu quelques cas récents de bombes qui ont explosé au ras du sol parmi les manifestants. L'un d'eux allègue même avoir été blessé au tibia par l'une d'elles le 5 mars dernier. M. Bourdages confirme que quatre plaintes déontologiques à ce chapitre ont été portées contre ses troupiers.

«Les policiers reçoivent constamment de la formation sur l'utilisation de ce dispositif. Imaginez-vous une personne en armure lourde, fatiguée et stressée... Personne n'est infaillible. Et n'oubliez pas tout ce qu'eux se font lancer», défend-il.

Les manifestants lancent souvent aux agents que s'ils n'étaient pas visibles aux manifestations, tout se passerait mieux.

«En 17 années de la manifestation du COBP, on a essayé beaucoup de choses, comme être discrets. Ce qui n'a rien donné, les manifestants sont venus nous chercher», conclut le commandant Ian Lafrenière.

Lui et ses confrères indiquent qu'ils souhaiteraient tous, tout de même, ne pas avoir à appliquer le règlement P6 et ne pas avoir à faire intervenir le groupe d'intervention.

La manifestation débutera vers 17 h, près du quartier général du SPVM. Un secteur qui sera à éviter en soirée pour ceux qui souhaitent y circuler à l'heure de pointe.