Le propriétaire du site web spécialisé en gore qui diffuse une vidéo détaillée de ce que les policiers croient être le meurtre qu'aurait perpétré Luka Rocco Magnotta n'a aucune intention de retirer les horribles images de la Toile.

Gabrielle Duchaine LA PRESSE

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«Si on enlevait la vidéo, ce serait comme de jouer à l'autruche à propos d'un événement réel qui s'est passé dans notre environnement», a confié Mark Marek, résidant d'Edmonton, dans un courriel envoyé à La Presse tard mercredi soir. «Est-ce que cela serait une solution à quoi que ce soit? Est-ce que le fait de prétendre que la vidéo n'existe pas rendrait le monde meilleur? Est-ce que le fait de prétendre que Luka n'est pas capable de faire quelque chose d'aussi horrible en ne montrant pas sa vraie nature le rendrait moins dangereux?»

Depuis mercredi, la police de Montréal, appuyée du FBI, a tenté sans succès de faire retirer les images, qui montrent un homme en train d'en poignarder un autre, attaché sur un lit, à l'aide d'un pic à glace, avant de le démembrer et de s'adonner à des actes sexuels et cannibales.

M. Marek, qui se targue d'exploiter un site web de «vraies nouvelles», ne veut rien entendre. «À ma connaissance, aucune loi canadienne n'interdit les vraies nouvelles», dit l'homme. Hier, la vidéo de 10 minutes était toujours en ligne. Elle avait été vue au moins 2200 fois et avait suscité plus de 200 commentaires d'internautes.

Un peu partout sur le web, elle semble être remise en ligne chaque fois que la police arrive à l'effacer. «Il ne faut pas se désensibiliser au fait que c'est un être humain, insiste le commandant Ian Lafrenière, du Service de police de la Ville de Montréal. Nos enquêteurs n'en reviennent pas que des gens prennent plaisir à regarder et à partager ça.»

Selon l'avocat Nicolas Vermeys, professeur à l'Université de Montréal, la famille de la victime pourrait demander une injonction, en alléguant que la vidéo lui cause un préjudice grave, et intenter une poursuite en dommages. Sur le plan criminel, explique un autre avocat, les policiers pourraient se baser sur l'article sur l'obscénité du Code criminel pour perquisitionner chez le propriétaire du site. Les chances que les images aient été envoyées sur un serveur à l'extérieur des frontières sont toutefois grandes.

En attendant, Mark Marek persiste et signe. «La vraie vie n'est pas censurée. Tout le monde peut tomber sur une scène affreuse. En fait, tout le monde peut devenir la victime d'un affreux accident», dit l'homme, qui fait de la photographie de nus en plus de tenir son site web.

Il raconte avoir d'abord cru à une mauvaise blague lorsqu'il a reçu la vidéo alléguée du meurtre, il y a plus d'une semaine. Il l'a toutefois mise en ligne sans prendre contact avec la police. «Je n'avais pas de preuve que la vidéo était véridique et il y avait de nombreuses spéculations selon lesquelles c'était une blague faite par quelqu'un qui a accès à des cadavres. Quelqu'un qui travaille à la morgue, par exemple. En plus, la seule fois où j'ai tenté de rapporter un crime, mon dossier a semblé être oublié sur une tablette.»

L'homme admet que c'est lui et seulement lui qui décide ce qui est diffusé en ligne et ce qui ne l'est pas. «Si ça cadre avec notre créneau, il y a de bonnes chances que ce soit publié», explique-t-il, en ajoutant que son site web, qui présente des images de blessures, de cruauté envers les animaux, de têtes qui volent dans des accidents de train ou d'exécutions, compte quelque 3 millions de visiteurs.

- Avec Vincent Larouche