Le collectionneur de pornographie juvénile qui s'est filmé en train d'agresser une fillette de 3 ans, Gabriel Cantin, a écopé de cinq ans et demi de prison pour ses crimes.

Caroline Touzin LA PRESSE

«Le pronostic n'est pas positif», lui a dit la juge Céline Lamontagne en prononçant son verdict sur la peine, hier, au palais de justice de Montréal. L'accusé de 72 ans filmait également à leur insu les enfants qui se servaient de sa salle de bains et ceux de l'école en face de chez lui.

Selon les experts qui l'ont évalué, il présente un «haut risque de récidive» quant à son attrait pour le matériel pornographique juvénile. Le risque est plus modéré en ce qui concerne les agressions sur des mineurs.

La saisie de matériel pornographique juvénile chez cet électronicien à la retraite était la plus importante jamais réalisée par le Service de police de la Ville de Montréal. Il possédait 46 432 images d'agressions sexuelles sur des enfants, parmi lesquelles celles d'agressions commises sur une fillette par Richard Reber, pédophile de l'ouest de Montréal condamné à 10 ans de prison en 2010.

L'accusé n'a aucune empathie. Il se voit comme une victime dans cette affaire, a retenu la juge Lamontagne. Une victime des médias et une victime de sa famille qui l'a rejetée en apprenant les faits de la cause.

Au moment des plaidoiries sur la peine, Cantin a rejeté sur la fillette de 3 ans la responsabilité de ses agissements. S'il n'avait pas eu à changer sa couche, cela ne serait jamais arrivé, a-t-il dit.

«Qu'on me prouve qu'une enfant de 3 ans se rappelle de son changement de couche», a-t-il renchéri, soutenant avoir entendu dire que, de 0 à 3 ans, «les enfants ne se souviennent pas».

La procureure de la Couronne, Rachelle Pitre, demandait huit ans de pénitencier, alors que l'avocate de la défense, Audrey Amzallag, suggérait quatre ans.

Le septuagénaire a plaidé coupable à des accusations de production et de distribution de pornographie infantile, de voyeurisme et d'agression sexuelle. L'agression est survenue à l'été 2010, lorsqu'il gardait la fillette. Une vidéo de six minutes montre Cantin en train de frotter son pénis sur la vulve de l'enfant, pour ensuite tenter de l'introduire dans la bouche de la petite. Comme l'enfant résiste, Cantin s'est livré au cunnilingus et à la masturbation sur la petite fille.

La juge a retenu l'absence d'antécédent judiciaire et cette reconnaissance de culpabilité comme facteurs atténuants.

La famille de la jeune victime était déçue de la peine imposée. «Je comprends leur déception et je sais que ça peut sembler clément. Le plus important, c'est qu'il sera isolé de la société puisqu'il représente un danger», a déclaré Me Pitre aux médias.

Le septuagénaire sera inscrit au registre des délinquants sexuels pour les 20 prochaines années. Il n'aura pas le droit de se trouver dans des lieux publics en présence de mineurs ni de communiquer par ordinateur avec ceux-ci.