En sortant un à un les quatre cadavres de la Nissan Sentra engloutie au fond de l'écluse de Kingston Mills, le 30 juin 2009, le policier plongeur Glen Newell était perplexe. Il ne pouvait déterminer qui conduisait la voiture au moment de l'impact et il se demandait pourquoi les victimes n'avaient pas tenté de sortir du véhicule.

Christiane Desjardins LA PRESSE

«Quand une voiture tombe à l'eau, la plupart des gens essaient de sortir. Parfois, on les trouve le corps à moitié sorti par une fenêtre, un pied dans le volant ou coincé dans la ceinture de sécurité. Ici, c'était inhabituel», a expliqué M. Newell, lundi, lors de son témoignage au procès du couple Shafia et de leur fils, accusés d'avoir tué avec préméditation quatre femmes de leur famille. Policier plongeur au service provincial de police de l'Ontario (OPP), M. Newell estime avoir récupéré de 200 à 300 corps dans l'eau en 24 ans de service. De ce nombre, de 100 à 120 se trouvaient dans des voitures immergées. Dans 90 % des cas, le conducteur est près du siège conducteur, dit-il. Dans le cas qui nous occupe, c'était une très jeune fille qui flottait près du siège conducteur. Il s'agissait de Geeti, 13 ans, la plus jeune des quatre victimes. Ni elle ni les autres n'avaient de traumatisme apparent, a-t-il noté.

La Nissan se trouvait dans une dizaine de pieds d'eau. La fenêtre du côté conducteur était complètement ouverte. La clé était dans le contact et le bras de vitesse était en première, alors que, selon M. Newell, il aurait dû être en marche arrière. Il a noté des dommages au parechocs arrière, du côté gauche, et de longues marques sur le côté de la voiture, côté conducteur.

Le premier corps qu'il a vu est celui de la plus jeune, Geeti. Il ne pouvait pas bien voir à l'arrière, car il semblait y avoir une couverture qui flottait dans le véhicule. Plus tard, il s'est rendu compte qu'il s'agissait plutôt d'un sac à main. Il y avait aussi un ourson en peluche qui flottait près d'une fenêtre.

C'est lui qui a sorti les corps, en commençant par les deux à l'arrière. Aucune des victimes n'avait bouclé sa ceinture de sécurité, a-t-il noté.

La mère ne veut pas voir

Pendant que M. Newell témoignait, Tooba Mohammad, la mère accusée, semblait sangloter en tenant un mouchoir devant son visage. M. Newell a fait une vidéo lors de sa plongée. Quand le procureur de la Couronne, Gerard Laarhuis, a voulu présenter la vidéo, en fin d'après-midi, la mère a demandé à ne pas assister à la projection. C'est Me David Crowe, qui représente cette accusée, qui a adressé cette demande au juge.

«No way!», s'est écrié un homme dans la salle.

Les parties ont commencé à discuter, mais vu l'heure tardive, le juge a levé et ajourné la séance à ce matin.

Quatre autres personnes ont témoigné avant M. Newell. Il s'agit de trois employés de Parcs Canada qui travaillaient aux écluses, le matin du 30 juin 2009, et de John Moore, plongeur de la marine des Forces canadiennes, qui était en vacances et voulait passer les écluses en bateau. Après avoir plongé, il se demandait pourquoi les victimes n'étaient pas sorties de la voiture, car il y avait une fenêtre ouverte, et le toit du véhicule n'était qu'à environ trois pieds sous la surface.

En contre-interrogatoire, les avocats de la défense se sont efforcés de démontrer que le parcours que la voiture aurait emprunté pour tomber dans l'écluse était très compliqué, alors qu'il y avait trois autres endroits où la chute aurait été beaucoup plus facile.

Le procès de Mohammad Shafia, sa femme Tooba, et leur fils Ahmed se poursuit mardi.