La santé d'un Montréalais ayant déjà passé cinq ans derrière les barreaux en Arabie Saoudite se détériorerait, affirment ses proches qui demandent aux autorités canadiennes de faire pression pour qu'il soit libéré.

LA PRESSE CANADIENNE

Mohamed Kohail est incarcéré depuis 2007 en lien avec une accusation de meurtre. Il avait été condamné à mort par décapitation avant que la Cour suprême de l'Arabie Saoudite ne renverse la sentence, en 2010. Depuis, l'accusé attend sans broncher son nouveau procès.

Les amis et la famille du jeune homme de 26 ans soutiennent toutefois que le jeune homme a développé des problèmes de santé pendant son incarcération. Il a subi plusieurs opérations l'été dernier pour une tuberculose chronique, tandis que l'infection se propage dangereusement dans sa moelle épinière.

Kohail, qui doit consommer un puissant cocktail de médicaments, est passé à un cheveu de la paralysie et les soins de santé qui lui ont été donnés en prison étaient inadéquats, selon ses défenseurs.

Le jeune homme passerait la majeure partie de ses journées confiné dans la cellule-dortoir qu'il partage avec 100 autres détenus.

Ses partisans pressent le gouvernement canadien de rouvrir le dossier et de venir en aide à Mohamed Kohail.

Une amie de la famille Kohail basée à Montréal, Rana Saheb, demande l'intervention directe du ministre des Affaires étrangères, John Baird.

Mme Saheb, avec d'autres partisans du jeune homme, sollicite également l'aide des diplomates canadiens à Riyad, qui n'auraient pas, selon eux, rendu visite à Mohamed Kohail depuis des mois.

Ils souhaitent aussi que le ministre Baird s'entretienne avec son homologue saoudien, le prince Saud al-Faisal, et ce, avant les festivités musulmanes de début novembre marquant le pèlerinage à la Mecque.

«La Cour a déclaré qu'il aurait droit à un nouveau procès, il y a près de deux ans. Il s'agit d'un citoyen canadien emprisonné en Arabie Saoudite et dont l'état de santé est critique. Le gouvernement doit lui venir en aide», a plaidé Mme Saheb, en entrevue avec La Presse Canadienne.

Le ministère des Affaires étrangères n'a pas répondu à plusieurs demandes d'entrevue soumises par La Presse Canadienne.

Nés en Palestine, Kohail et son jeune frère, Sultant, ont immigré au Canada avec leur famille en 2000. Ils ont obtenu la citoyenneté cinq ans plus tard, avant d'emménager à Jeddah, en Arabie Saoudite, en 2006.

Les démêlés judiciaires des deux frères ont commencé en 2007, après qu'une bagarre eut entraîné la mort d'un jeune garçon âgé de 19 ans, Munzer Al-Hiraki.

La tragédie, qui a eu lieu à leur école secondaire, aurait été déclenchée après que Sultan Kohail eut insulté une cousine de Munzer Al-Hiraki.

Mohamed Kohail et un ami jordanien avaient tous deux été condamnés à mort en mars 2008 après un procès segmenté en plusieurs sessions et qui a duré au total 90 minutes.

Sultan Kohail a été condamné à 200 coups de fouet et à un an de prison. Il a purgé sa peine d'emprisonnement, mais n'a pas encore reçu les coups de fouet.

Les frères ont répété à maintes reprises qu'ils s'étaient simplement défendus et n'avaient rien à voir avec les blessures mortelles infligées au jeune Al-Hiraki pendant la bataille, qui a impliqué des dizaines d'adolescents.

Mohamed Kohail soutient avoir été torturé pour qu'il confesse sa culpabilité.

Son cas ne cesse de faire l'aller-retour entre les diverses cours de l'Arabie Saoudite.

Un nouveau procès pourrait toutefois déboucher aussi sur une condamnation à la peine de mort, avise le coordonnateur de la campagne canadienne d'Amnistie Internationale contre la peine capitale, Aubrey Harris.

«Amnistie s'inquiète de l'état de santé de Mohamed Kohail et soutiendrait une implication accrue du gouvernement pour sa défense», a-t-il ajouté.

Ce second procès aurait également un impact sur le cas de Sultan Kohail, qui doit lui aussi être soumis à un autre jugement.

Mme Saheb soutient que Mohamed Kohail est favorable à la tenue d'un nouveau procès, et la famille aurait recueilli suffisamment de témoignages prouvant son innocence.

Elle a ajouté que la décision de la Cour suprême saoudienne de renverser la condamnation à mort représente aussi un signe important de son innocence.

Selon Mme Saheb, Mohamed Kohail désespère de pouvoir sortir de prison.

«Il a déjà subi trois opérations. S'il demeure incarcéré encore longtemps, cette histoire ne connaîtra pas une fin heureuse», a-t-elle souligné.