Nicola Di Marco n'est pas le nouveau chef de la mafia à Montréal. Mais ce n'est pas le dernier venu non plus. Il est un «intermédiaire de haut niveau».

Caroline Touzin LA PRESSE

C'est ainsi que le procureur de la Couronne, Yvan Poulin, a décrit le mafieux de 42 ans, hier, au moment des plaidoiries sur la peine au palais de justice de Montréal.

Di Marco était le gérant d'une maison de jeu illégale dans un immeuble rue Jean-Talon Est, propriété de la mafia italienne. Lors de sa dernière présence en cour, le mois dernier, l'accusé a décidé de témoigner, à la surprise générale, brisant du même coup l'omerta qui règne généralement dans ce milieu criminel.

Di Marco a alors égratigné au passage des gens associés au clan Rizzuto qui n'ont pas été arrêtés dans l'opération Colisée, tels les deux fils de Vito Rizzuto, Nick Jr et Leonardo, leur cousin, Bobby Manno, ainsi qu'Agostino Cuntrera. Il faut dire que plusieurs ne sont plus là pour le lui reprocher. Nick Rizzuto Jr et Agostino Cuntrera ont été assassinés.

Ce témoignage a été perçu comme un message envoyé par la relève à la vieille garde du clan Rizzuto pour souligner aux lieutenants encore en vie que leur règne est bel et bien terminé, selon nos informations.

Simple «vendeur de chars»

Nicola Di Marco se décrit comme un simple «vendeur de chars» qui avait une dette de 30 000$ envers le cousin de Nick Rizzuto Jr, Bobby Manno. Ce dernier lui aurait proposé de devenir gérant de la maison de jeu pour rembourser sa dette. Les mises commençaient à 1000$ aux tables où des «Italiens», des «Juifs» et des «Grecs» jouaient au Texas Hold'em.

Di Marco occupait un «rôle important» puisqu'il avait accès aux têtes dirigeantes de la mafia tels Francesco Arcadi, Agostino Cuntrera et Lorenzo Giordano, a plaidé Me Poulin. La preuve: Di Marco a réussi à organiser une réunion d'urgence avec Agostino Cuntrera et Nick Rizzuto Jr pour effacer une dette de 200 000$ contractée par la maison de jeu auprès de Bobby Manno.

Alors qu'il était en liberté sous cautionnement, Di Marco a été arrêté avec un 9 mm chargé dans sa Corvette. Et ce n'est pas tout: il aurait servi d'intermédiaire entre un agent civil de la Gendarmerie royale du Canada et la mafia pour «mettre des bâtons dans les roues de la poursuite dans l'opération Colisée», a renchéri le procureur de la Couronne.

Di Marco a été intercepté en sortant de chez l'employé de la GRC, Angelo Cecere, en possession de documents confidentiels concernant l'enquête Colisée. Il n'a pas été accusé dans cette histoire, contrairement à Cecere qui, lui, est en attente de son procès.

Arrêté en novembre 2008, Di Marco a reconnu sa culpabilité à quatre chefs d'accusation d'avoir tenu une maison de jeu illégale, de complot, de possession de produit de la criminalité et de gangstérisme. Il a été mis en liberté sous caution, puis arrêté de nouveau en possession de l'arme chargée. Il purge actuellement une peine de trois ans de prison pour cette affaire d'arme.

Hier, la poursuite a suggéré à la juge Isabelle Rheault d'imposer à Di Marco une peine de deux ans moins un jour assortie d'une amende compensatoire d'un minimum de 54 000$. Une peine qu'il devrait purger à la suite des trois ans imposés pour la possession d'arme.

De son côté, la défense a suggéré une peine d'emprisonnement de moins de six mois ou une amende de 5000$. L'avocat de Di Marco, Me Gary Martin, a insisté sur le fait que la maison de jeu n'avait pas réalisé de profits durant son année d'activité. Les joueurs se connaissaient depuis une quinzaine d'années pour la plupart et se remboursaient entre eux, selon la défense.

«Normalement, ces gens-là ne témoignent pas en cour. Mon client a pris la boîte avec beaucoup d'objectivité pour vous expliquer son rôle de subalterne. Il doit être puni pour ce qu'il a fait. Pas plus. Pas moins», a ajouté Me Martin à la juge Rheault. La juge rendra son verdict sur la peine aujourd'hui.