Deux Montréalais qui se trouvaient en Afrique de l'Ouest pour tourner un documentaire sur l'immigration clandestine ont été arrêtés et sont détenus depuis plusieurs jours par les autorités mauritaniennes, a appris La Presse.

Gabriel Béland LA PRESSE

Le caméraman québécois Stéphane Lapierre et le documentariste américain Urs Jakob ont été appréhendés le 20 décembre pour des raisons qui restent floues. Après avoir passé quelques jours dans un commissariat, ils ont été incarcérés à la prison de Dar Naim, dans la capitale de la Mauritanie, Nouakchott. Des cautions ont été versées hier et leurs proches espèrent que les deux hommes seront libérés aujourd'hui en attendant un procès.

Selon l'Agence France-Presse (AFP), ils ont été accusés d'avoir commis des «crimes relatifs à l'immigration clandestine» et d'avoir filmé sans autorisation. Selon d'autres sources concordantes, les Montréalais sont aussi accusés d'espionnage.

Le gouvernement canadien a divulgué très peu d'informations hier. Une porte-parole du ministère des Affaires étrangères a tout de même confirmé l'arrestation et la détention d'un ressortissant canadien.

Âgé d'une trentaine d'années, Stéphane Lapierre s'était rendu en Mauritanie à titre de caméraman pour un projet de documentaire. Il devait assister Urs Jakob, Américain qui partage sa vie entre Montréal, les États-Unis et l'Afrique. Le documentariste, qui a réalisé quelques films par le passé, travaillait depuis des mois sur son dernier projet: un documentaire sur les épreuves des migrants maliens qui tentent de rejoindre l'Espagne en passant par la Mauritanie.

Stéphane Lapierre et Urs Jakob ont été arrêtés dans la capitale, où ils tournaient, selon la police, sans autorisation. Les policiers les ont appréhendés à leur hôtel en compagnie de ressortissants maliens. Selon l'AFP, les autorités ont également saisi une embarcation artisanale.

Les circonstances des arrestations permettent de mieux comprendre l'accusation de «crimes relatifs à l'immigration clandestine»: le gouvernement mauritanien pourrait reprocher aux documentaristes d'avoir aidé les Maliens.

Des proches de Stéphane Lapierre ont clamé son innocence, hier. «Stéphane est un bon gars qui s'est trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment, a dit l'un d'eux. On va tout faire pour le faire rentrer au pays le plus vite possible.»

«L'accusation d'espionnage, c'est n'importe quoi», a dit une proche. Les deux sources ont préféré garder l'anonymat, invoquant l'importance de ne pas faire dérailler les négociations.

Stéphane Lapierre et Urs Jakob se connaissent depuis environ trois ans, a dit un ami. Ils se sont rencontrés à Montréal où M. Jakob passe une bonne partie de l'année: il a un fils ici et un appartement.

Leur documentaire devait se camper en Mauritanie, plaque tournante pour l'immigration clandestine. Des ressortissants des pays limitrophes se rendent sur les côtes mauritaniennes afin de partir vers l'Espagne dans des bateaux de fortune.

Le gouvernement mauritanien tente depuis des années d'enrayer le phénomène, mais ses méthodes sont parfois décriées. Amnistie Internationale a publié un rapport en 2008 qui condamne la répression des clandestins. «Des migrants irréguliers qui essaient d'atteindre l'Europe sont arrêtés, maltraités et expulsés collectivement de Mauritanie sans aucune possibilité de recours», a noté l'organisme.