En venant dire au jury que c'est lui-même qui est le véritable meurtrier de Gabriel Dominique, et non pas Whoody Aristilde, Sébastien Calixte prenait bien peu de risque. Il ne sera jamais accusé du meurtre sur la base de son témoignage, puisque la Charte des droits et libertés protège contre l'auto-incrimination devant le tribunal.

Christiane Desjardins LA PRESSE

Cette information, qui pourrait influencer l'évaluation à propos du témoignage de Calixte, n'a pas été divulguée au jury chargé de juger Aristilde. Ce dernier, âgé de 22 ans, est accusé du meurtre prémédité de Gabriel Dominique, abattu par balles dans le stationnement du marché aux puces 5 Étoiles, le 18 février 2007.

Les jurés, qui ont entrepris leurs délibérations cet après-midi, doivent décider entre trois verdicts: coupable de meurtre au premier degré, coupable de meurtre au deuxième degré, ou l'acquittement pur et simple. Le procureur de la Couronne Pierre Labrie a présenté 15 témoins, tandis que Me Gary Martin, en défense, n'en a présenté qu'un seul: Sébastien Calixte. Cet homme de 22 ans est l'un des cinq qui a été arrêté dans un autobus de la STM quelques minutes après le meurtre, mais il n'a jamais été accusé. Il a toujours refusé de parler à la police. Ce n'est qu'en début de semaine, plus de trois ans après les faits, qu'il a surgi pour faire cet énorme aveu: c'est lui qui a tiré les quatre balles du Magnum .357, dont deux ont atteint la victime.

«Je trouve ça chien que quelqu'un paie pour quelque chose qu'il n'a pas fait», a résumé Calixte. Me Labrie l'a très peu contre-interrogé, étant d'avis que la version de Calixte ne coïncide pas avec la preuve.

Le jury prêtera-t-il foi quand même à cet aveu de la dernière heure? Cela sera-t-il suffisant pour jeter un doute raisonnable dans leur esprit? Il est trop tôt pour le dire.

D'autres aspects ignorés

L'immunité de Calixte n'est pas le seul aspect du dossier que le jury ignore. Les jurés ne savent pas que deux autres personnes ont accusées et condamnées dans cette affaire. Un mineur s'est avoué coupable de meurtre au deuxième degré au Tribunal de la jeunesse. Il a reconnu avoir tiré sur la victime avec une arme de calibre .25. la balle aurait percé le lobe d'une oreille de la victime. Cette arme a été retrouvée par terre dans l'autobus, lors de l'arrestation des cinq suspects.

Un autre accusé, Marco Mompoint, devait être jugé conjointement sous une accusation de meurtre avec Aristilde. Mais le matin où le choix du jury s'amorçait, il a plaidé coupable à une accusation réduite de complicité après le fait. Son crime consiste à avoir caché le Magnum .357 dans son sac à dos, opération qui s'est déroulée dans l'autobus 193, et qui a été captée par une des trois caméras vidéo en place. On voit Aristilde sortir quelque chose de brillant de ses pantalons (l'arme selon la Couronne), pour la glisser dans le sac à dos. Mompoint s'est fait arrêter en sortant de l'autobus, avec son sac à dos. En bout de ligne, seuls deux des cinq suspects n'ont pas été accusés dans cette affaire de meurtre: Yvony Mehu (le seul qui porte un manteau de fourure dans la vidéo), et Sébastien Calixte.

Le jury n'a pas non plus été informé du mobile, qui reste vague. Officieusement, car la preuve n'en a pas été faite, celui-ci serait imputable à une rivalité entre gangs de rue. La victime, qui n'était pas armée selon la preuve, aurait fait partie du gang des rouges (Bloods). Les agresseurs faisaient partie du gang des bleus (Crips). Ces derniers, qui ne connaissaient apparemment pas la victime, aurait décidé de l'abattre sur son propre territoire, après un échange de regards dans le marché aux puces. Âgé de 25 ans, Dominique a été atteint mortellement au thorax, puis a été achevé à très courte distance d'une balle à la tête.

Signalons enfin que rien dans la preuve ne démontre que Calixte a tiré sur la victime. Aucune empreinte n'a été trouvée sur les armes.

> Article 13 de la Charte canadienne des droits et libertés: «Chacun a droit à ce qu'aucun témoignage incriminant qu'il donne ne soit utilisé pour l'incriminer dans d'autres procédures, sauf lors de poursuites pour parjure ou pour témoignages contradictoires.»