Un an après la crise des adolescentes en fugue du centre jeunesse happées dans l'univers de la prostitution juvénile, les principaux corps policiers québécois vont unir leurs efforts pour faire la chasse aux proxénètes, a appris La Presse.

Publié le 31 mars 2017
Caroline Touzin LA PRESSE

L'escouade spéciale sera formée d'enquêteurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), de la Sûreté du Québec et des corps policiers de Laval et de Longueuil, selon nos informations. Cette escouade a même déjà un nom, soit L'Équipe intégrée de lutte contre le proxénétisme.

Le ministère de la Sécurité publique doit en faire l'annonce plus tard ce printemps, mais une vingtaine d'enquêteurs sont déjà à l'oeuvre, a-t-on appris. Une dizaine d'autres policiers pourraient se joindre à eux au moment de la création officielle, toujours selon nos informations.

L'équipe d'enquête - installée dans les locaux du SPVM - aura le mandat de couvrir tout le territoire québécois. Les policiers auront aussi les coudées franches pour travailler en collaboration avec des corps policiers d'autres provinces.

Ces dernières années, plusieurs jeunes filles portées disparues au Québec ont été retrouvées en Ontario et même dans l'Ouest canadien. Lorsque les proxénètes sentent que la situation se corse, ils n'hésitent pas à déplacer les adolescentes dans une autre province pour compliquer la tâche de la police.

L'Équipe intégrée de lutte contre le proxénétisme ne manquera pas de sujets d'enquête. La police estime qu'il y a environ 120 proxénètes qui se livrent à des activités illégales dans la grande région de Montréal.



Photo Olivier Jean, Archives La Presse

La criminologue et ex-députée Maria Mourani a déjà fait valoir que les ressources manquaient à Montréal pour mener des enquêtes contre les proxénètes.

LUTTE PLUS EFFICACE EN ONTARIO

Le Québec fait piètre figure depuis longtemps par rapport à l'Ontario dans sa lutte contre les proxénètes.

Des données publiées dans La Presse l'an dernier montrent en effet que la province voisine porte 13 fois plus d'accusations contre des proxénètes devant les tribunaux que le Québec. À l'époque, la criminologue Maria Mourani faisait valoir que les ressources manquaient à Montréal - et non la volonté - pour mener des enquêtes contre les proxénètes.

L'Ontario a déposé autant d'accusations contre des proxénètes chaque année depuis 2007 que le Québec l'a fait en l'espace de 10 ans. Le scénario est le même pour les accusations de traite de personnes - 6 fois plus d'accusations - et de sollicitation - 13 fois plus. Cette dernière accusation peut viser autant les prostituées que leurs clients.

La création de cette escouade va sans aucun doute mettre un baume sur les plaies des familles québécoises de jeunes fugueuses qui militent depuis un an pour que le gouvernement fédéral applique une loi sur l'exploitation sexuelle permettant aux policiers et aux procureurs de serrer la vis aux proxénètes.

Ces familles ont subi un revers en février dernier lorsqu'une nouvelle procédure entreprise par le gouvernement Trudeau a eu pour effet de repousser encore l'application de la loi.

Le projet de loi C-38 a suspendu l'application d'un article du projet de loi initial, qui prévoyait l'imposition de peines consécutives lors d'infractions multiples commises par des proxénètes, en raison de doutes sur sa constitutionnalité.

La criminologue et ex-députée Maria Mourani, qui a déposé ce projet de loi il y a six ans maintenant, a critiqué le report en disant qu'il était l'équivalent de « repartir à zéro ». Son projet de loi est revenu sous les feux de la rampe au Québec l'an dernier, en raison des nombreuses fugues de jeunes filles, qui, dans plusieurs cas, se retrouvaient dans les griffes des proxénètes.