Au moins quatre personnes sont suspectées par les policiers de l'UPAC d'avoir participé à une fraude entre 2001 et 2009 qui implique essentiellement la firme de communication Octane et le parti Union Montréal.

Mis à jour le 12 nov. 2013
Fabrice de Pierrebourg LA PRESSE

Le stratagème visait notamment à faire éponger par les citoyens de plusieurs arrondissements, dont Saint-Léonard et Outremont, une dette du parti de l'ex-maire Gérald Tremblay à la firme de communication Octane. 

Les firmes dans la mire sont Octane, Octane Stratégie Inc, Groupe CJB (ancêtre d'Octane), Communications Jean Battah, Consortium Acropole et Consortium Octane/Brad.

C'est ce qui ressort de la lecture des affidavits et autres documents soumis par l'UPAC à un juge afin d'obtenir des mandats de perquisition dans les bureaux de six arrondissements et à l'hôtel de ville l'hiver dernier. 

Les scellés viennent d'être levés partiellement ce matin sur ces documents, à la suite d'une requête présentée par différents médias, dont La Presse

Le policier de la SQ écrit dans sa déclaration soumise au juge que le but de la perquisition est «d'obtenir des éléments de preuves afin de confirmer la fraude, l'abus de confiance, la fabrication de faux, l'usage de faux et le complot commis» notamment par quatre personnes dont le nom a été caviardé sur les documents consultés par La Presse.

Cette opération policière spectaculaire avait suscité un vrai choc dans la classe politique locale. Les policiers de l'UPAC avaient frappé une seconde fois, dans la plus grande discrétion cette fois, trois mois plus tard entre autres chez Union Montréal et dans les serveurs informatiques de la ville. 

Dans l'affidavit descellé ce matin, les policiers expliquent que leur enquête découle en fait d'une enquête précédente «concernant des abus de confiance et de fraude à l'arrondissement Outremont». «Les enquêteurs de la SQ ont alors constaté, lit-on, que le DGEQ avait ouvert une enquête en septembre 2009 concernant des irrégularités entre le parti UCIM, la firme de communication Octane et l'arrondissement Outremont». Enquête qui avait abouti dans un mur.

Anecdote surprenante, on apprend que les enquêteurs de la SQ sont passés par le processus de loi d'accès pour obtenir la dénonciation d'un plaignant au DGEQ en septembre 2009 !

Ce plaignant «allègue que le parti UCIM a contracté une dette, envers Octane, de 100 000 $ lors de la campagne de 2001 et que cette dette n'a pas été acquittée par le parti». Une part de cette dette de nature partisane, soit 8 000 $, aurait été épongée, selon ce témoin, par l'arrondissement et donc par les contribuables. La facture présentée par Octane mentionnait des «services-conseils auprès de la mairie et de la direction générale».

Des perquisitions effectuées chez Octane avaient permis de retrouver pour 114 000 $ de factures à cinq arrondissements, dont celle de 8000 $.

«On ne peut pas conclure que toutes ces factures sont de la fraude, et que même 1 $ est de la fraude», a réagi Louis Aucoin, actuel associé principal chez Octane Stratégies, lors d'un entretien avec La Presse. «Je maintiens que toutes ces factures sont associées à du travail qui a été réalisé».

La firme Octane et ses dirigeants ont toujours gravité dans l'entourage du pouvoir à Montréal ces dernières années.

Jean Battah, qui a créé CJB devenu ultimement Octane Stratégies, était l'organisateur de la campagne de Gérald Tremblay en 2001. Il a fait parler de lui en janvier 2004 quand l'administration a accordé au consortium Acropole un contrat de 750 000 $, dont la moitié à Communications Jean Battah. Il a quitté le groupe il y a deux ans environ.

Et dernièrement, c'est Yves Dupré, qui a quitté son fauteuil de président d'Octane Stratégies pour devenir le directeur des communications de Denis Coderre lors de sa campagne à la mairie.