Les services policiers détiendraient 10 conversations qu'ont eues le Hells Angel René Charlebois et l'ancien détective du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) Benoît Roberge, dans lesquelles on apprendrait comment le motard a tenté de saboter l'opération SharQc et comment il payait pour obtenir des informations confidentielles, a révélé lundi soir Radio-Canada.

Publié le 9 déc. 2013
Hugo Pilon-Larose LA PRESSE

«On va faire comme la dernière fois. Mets ton auto sur le côté et laisse les portières débarrées. On va mettre l'argent sur la banquette arrière. Tu le ramasseras plus tard», dirait Charlebois dans une des conversations avec l'ex-sergent Roberge, selon la télévision publique.

Un montant de 100 000 $, dont 25 000 $ auraient été fournis par Charlebois et 75 000 $ par Salvatore Cazzetta, un membre des Hells Angels qui a beaucoup d'influence, lui aurait alors été remis.

Charlebois aurait aussi promis au policier Roberge une importante somme d'argent pour que celui-ci lui indique où se trouvait Sylvain Boulanger, dont le témoignage a mené à l'arrestation massive d'Hells Angels dans le cadre de l'opération SharQc. Benoît Roberge lui aurait alors répondu que cette information était difficile à obtenir. 

Testament vidéo 

Dans une vidéo d'une durée de près de deux heures, enregistrée avant son suicide, fin septembre, René «Baloune» Charlebois affirmerait que l'ancien chef des Hells Angels, Maurice «Mom» Boucher, ne serait pas responsable des meurtres de deux gardiens de prison, en 1997, crimes pour lesquels il purge une peine de prison à perpétuité, selon Radio-Canada. 

L'ex-motard se livrerait à une charge contre le système judiciaire, affirmant que c'est le délateur Stéphane «Godasse» Gagné qui serait responsable des meurtres des deux gardiens de prison. 

Toujours dans cette vidéo, Charlebois affirmerait que l'ancien policier Roberge lui aurait dit que les rapports de police de l'opération ScharQc avaient été falsifiés. Or, cette version des faits serait contredite dans l'une des conversations qu'ont eues Roberge et Charlebois, où le policier lui affirme qu'aucun document n'a été falsifié. 

Dans cette vidéo, qui est en sorte un testament qu'il espérait voir publié sur YouTube, Charlebois affirmerait que deux autres policiers, qu'il qualifie de complices, étaient prêts à vendre des informations aux Hells Angels. 

Des sources dévoilées 

René «Baloune» Charlebois aurait tenté d'en apprendre davantage sur les sources qui travaillaient main dans la main avec les policiers. Toutefois, dans une des conversations qu'il a eue avec l'ex-sergent Roberge, ce dernier était réticent à lui divulguer un nom, de peur que la personne soit tuée, selon Radio-Canada.

«Inquiète-toi pas, on le tuera pas. On va juste arrêter de travailler avec lui», lui aurait alors répondu Charlebois. Benoît Roberge lui aurait par la suite donné le nom d'une source. 

René Charlebois s'est évadé du pénitencier à sécurité minimum Montée Saint-François le 14 septembre dernier. Il a été retrouvé 12 jours plus tard mort dans un chalet près de Sainte-Anne-de-Sorel. Il se serait suicidé, alors que les policiers s'apprêtaient à l'arrêter. 

Benoît Roberge, arrêté le 5 octobre dernier au quartier DIX30 à Brossard, aurait reçu au final 500 000 $ pour les informations confidentielles qu'il a filées au crime organisé, avait dévoilé La Presse peu de temps après son arrestation. 

En octobre, il a été congédié par Revenu Québec, où il travaillait depuis sa retraite du SPVM en août dernier. 

Il comparaîtra mercredi devant la Cour pour fixer une date pour l'enquête sur cautionnement.