(Belgrade) Une statue monumentale d’un prince serbe du XIIe siècle, dévoilée mercredi à Belgrade, suscite un débat passionné entre ceux qui la voient comme un « bel » hommage à une figure historique majeure et les autres comme une « monstruosité » qui jure avec l’espace public.

Agence France-Presse

Sise au cœur de Belgrade Waterfront, un projet de développement controversé au bord de la Save, une rivière qui traverse la ville, l’effigie en bronze de 23 mètres de haut du prince Stefan Nemanja, considéré comme le père de l’État serbe, domine les alentours.

Pour le président Aleksandar Vucic, c’est « la plus belle chose » qu’il ait jamais vue.

« Ce monument est grand parce que le récit sur nous est grand. Il est pesant parce que notre histoire l’a souvent été », a-t-il déclaré lors d’une cérémonie à laquelle plusieurs centaines de personnes ont assisté.

D’autres sont plus sceptiques, au rang desquels des historiens, artistes et architectes, jugeant qu’elle « banalise » l’Histoire qu’elle est censée représenter.  

Un architecte a parlé de « terrorisme urbanistique ».

« C’est monstrueux, c’est kitsch et elle défigure le magnifique bâtiment de la gare », a dit l’historienne Dubravka Stojanovic au journal Danas.  

Epée pointée vers les cieux, le prince se tient sur un casque byzantin abîmé, lequel est posé sur un immense socle doré, constituant une base qui fait quasiment la moitié de l’ensemble.  

Sur les réseaux sociaux, la statue a été comparée à « Saruman », personnage du Seigneur des anneaux, « debout sur un œuf en chocolat ».

Pour l’urbaniste Milja Mladenovic, le monument est disproportionné par rapport à son environnement, et en particulier à l’ancienne gare symbole de l’architecture serbe de la fin du XIXème siècle, jusque ici le point central de l’endroit. « Quand on la regarde du point de vue de la conception de l’espace public, sa taille est problématique », dit-elle à l’AFP.

Une association de préservation du patrimoine avait appelé en vain les autorités à renoncer, demandant que les financements servent à des projets de restauration plus urgents.

Le coût exact est inconnu. Les autorités locales ont déclaré qu’il resterait « confidentiel » jusqu’en 2023, soit un an après les municipales.

L’auteur de l’œuvre, l’artiste russe Alexander Roukavichnikov, espère que les Serbes « s’y habitueront ».  

« Faites-moi confiance, elle ne gâchera pas l’aspect de votre belle Belgrade et j’espère qu’avec le temps, ils apprendront à l’aimer », a-t-il dit à la télévision publique RTS.

Le maire adjoint de Belgrade Goran Vesic argue que l’art est souvent mal compris de ses contemporains.

« Il y avait des divergences d’opinion sur la Tour Eiffel et la Statue de la Liberté […] les œuvres d’art de qualité suscitent toujours des opinions différentes et les critiques car personne ne remarque les mauvaises ».