(Jakarta) Installé sous une autoroute de Jakarta, dans son « salon de massage pour vaches », Sumarwan frappe de ses poings les pattes d’une génisse brune afin de la préparer au mieux avant le sacrifice de la fête musulmane de l’Aïd.

« Si je la tape avec mes mains comme ça, la vache se sent détendue, car elle sait que je le fais avec amour », confie à l’AFP cet homme de 45 ans qui comme beaucoup d’Indonésiens ne porte qu’un seul nom.

L’animal de deux ans doit se présenter sous son meilleur jour pour être vendu en vue du sacrifice de l’Aïd al-Adha, aussi appelé Aïd el-Kébir, qui tombe mardi en Indonésie.

Sumarwan affirme être l’un des deux seuls à pratiquer ces massages pour vaches, dans un quartier du nord de la mégalopole indonésienne. Les coups de poing qu’ils portent à l’animal semblent violents, mais selon lui, la vache a sa confiance.  

« Si d’autres personnes le font, la vache peut s’énerver parce qu’elle a l’impression d’être blessée », assure-t-il.

PHOTO BAY ISMOYO, AGENCE FRANCE-PRESSE

Des bovins sont mis en vente sur un marché aux bestiaux improvisé à Jakarta le 12 juin 2024, avant la fête de l’Aïd al-Adha, au cours de laquelle les animaux sont abattus et la viande partagée avec les pauvres.

Sur une vache qui semble en mauvaise santé, Sumarwan applique un baume habituellement réservé aux humains pour accélérer sa guérison.

« L’une des conditions requises pour qu’une vache soit sacrifiée est qu’elle soit en bonne santé », ajoute le « masseur ».

Son salon de massage pour animaux est niché dans un passage souterrain qui est devenu un marché aux bestiaux de fortune, où s’échangent des centaines de vaches et de chèvres.

Entre 1600 et 2200 dollars la vache

Alors que les camions et les remorques passent à toute vitesse sur l’autoroute juste au-dessus, les animaux ne semblent pas dérangés.

Malgré le trafic assourdissant, Sumarwan juge idéal l’emplacement, protégé par le viaduc de la chaleur tropicale de Jakarta et des fortes pluies.

Ce marché aux bestiaux de fortune est l’un des nombreux répartis autour de Jakarta vendant des animaux pour le rituel musulman, où le bétail est abattu et la viande partagée avec les personnes dans le besoin.

Kastono, le patron de Sumarwan, dirige depuis 15 ans son entreprise de transport de bétail depuis le centre de Java pour le vendre à Jakarta.

« Cette année, nous avons transporté 50 vaches et 120 chèvres. Nous commençons généralement à les vendre 25 jours avant l’Aïd al-Adha », explique Kastono, qui emploie 10 ouvriers.

Une vache de 250 kilos peut se négocier entre 20 et 27,5 millions de roupies (entre 1600 et 2200 dollars), précise Meta, son épouse.

« Quelque chose d’unique »

Pour se faire connaître et doper les ventes, Meta explique avoir mis en ligne de courtes vidéos sur les réseaux sociaux pour montrer les vaches se faisant masser dans une petite cabine avec en arrière-plan un panneau « salon pour vaches ».

« Nous voulons attirer les clients avec quelque chose d’unique, et aussi montrer que nous traitons bien les animaux », dit-elle.

Mais gagner de l’argent n’est pas leur seule préoccupation, assure-t-elle : « Ce que nous faisons est lié au rituel religieux, donc faire de gros profits n’est pas notre motivation première. Nous ne voulons pas imposer un fardeau plus lourd aux gens ».

« Nous tenons ce salon (de massage) pour vaches […] parce que nous voulons nous assurer qu’elles sont en bonne forme », conclut-elle.