Après des années de batailles, de poursuites et d’efforts désespérés de la Ville, la saga des immeubles patrimoniaux de l’avenue de l’Esplanade, en face du parc Jeanne-Mance, va peut-être prendre fin. Le propriétaire s’est finalement résolu à vendre ses deux propriétés.

Publié le 25 janvier
Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

Cette solution arrive malheureusement trop tard pour un des deux immeubles, qui a dû être démoli en 2019 parce qu’il menaçait de s’effondrer. L’autre, dans un état de délabrement avancé, pourra peut-être être sauvé.

Les deux propriétés, acquises en 1978 par Guy Desrosiers, ont été mises en vente lundi au prix de 2,4 millions sur la plateforme Landerz, spécialisée dans la mise en marché de terrains ayant un potentiel de développement immobilier.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Bien que dans un état de délabrement avancé, l’immeuble qui n’a pas été détruit pourra peut-être être sauvé.

Situées aux 4403-4423, avenue de l’Esplanade, entre l’avenue du Mont-Royal et la rue Marie-Anne, elles font partie d’un ensemble architectural élégant, composé de bâtiments centenaires, pour la plupart de grands triplex, qui jouissent d’une vue sur le parc et le mont Royal.

C’est le courtier immobilier Simon G. Boyer qui a convaincu M. Desrosiers de lui confier la vente de ses propriétés.

Il s’agit d’une bonne opportunité d’investissement, mais ça prend quelqu’un qui est très compétent dans ce genre de développement.

Simon G. Boyer, courtier immobilier

Cette saga n’est pas du même genre que les histoires de « rénovictions » qui ont été beaucoup dénoncées ces dernières années. Il s’agirait plutôt d’un propriétaire entêté et négligent qui s’est enlisé dans un cercle vicieux où plus le temps avançait, plus le projet immobilier dont il rêvait devenait impossible.

Coups d’épée dans l’eau

Comment se fait-il que les nombreux avis de non-conformité à la règlementation municipale, les constats d’infraction, les mises en demeure et recours en injonction entrepris depuis 1984 n’aient pas pu donner de résultats ? Est-ce parce que la Ville a manqué de fermeté ? Ou est-ce parce qu’elle ne disposait pas des outils nécessaires pour résoudre des problèmes de non-respect des règlements comme ceux-là ?

« Je pense que c’est un peu les deux », répond le conseiller du Plateau-Mont-Royal Alex Norris. « Il y a eu un manque de fermeté par le passé. »

Nous avons hérité de ce dossier à notre première élection à la tête de l’arrondissement, en 2009, et les bâtiments étaient déjà dans un état avancé de détérioration. Il y a aussi eu des problèmes de stratégie.

Alex Norris, conseiller du Plateau-Mont-Royal

Toujours est-il que les mesures entreprises par la Ville au fil des ans ont été autant de coups d’épée dans l’eau.

Déjà, en 2008, les autorités dressaient un périmètre de sécurité sur le trottoir pour empêcher l’accès à un des deux immeubles. C’est ce bâtiment, dont l’arrière s’était en partie effondré, qui a dû être démoli à l’été 2019, après avoir été laissé à l’abandon pendant deux décennies.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Un des immeubles, dont l’arrière s’était en partie effondré, a dû être démoli à l’été 2019.

Quant à celui qui tient encore debout, le propriétaire, qui occupait le logement du rez-de-chaussée, a été évincé par la police et l’immeuble, barricadé. C’est pourquoi le courtier immobilier ne peut pas le faire visiter en raison des risques d’accident.

Règles strictes

L’acheteur devra respecter des règles très strictes édictées par le ministère de la Culture et des Communications : reconstruire les façades comme elles étaient à l’origine, respecter les volumes et l’emprise au sol des deux anciens triplex. Les pierres grises de la façade de l’immeuble démoli ont été prélevées, numérotées et entreposées dans un conteneur sur le terrain pour leur réutilisation. « L’implantation des bâtiments devra être respectée, mais il est possible de modifier les élévations et de prévoir 6-8 logements intéressants par bâtiment », précise-t-on dans la proposition de vente.

Les futurs bâtiments, d’une superficie totale de 10 979 pieds carrés, devront abriter de deux à huit logements chacun, conformément au règlement municipal.

« Ça va être à l’acheteur à faire l’évaluation avec un conseiller en patrimoine et un ingénieur en structure de ce qui peut être préservé et ce qui ne peut pas l’être, précise le courtier, M. Boyer. Ça va prendre deux rapports de professionnels : un rapport de l’ingénieur en structure et d’un consultant en patrimoine. »

C’est un beau projet à faire sur un site exceptionnel, mais ça va prendre un acquéreur qui est soucieux de redonner le prestige à ce bâtiment-là.

Simon G. Boyer

Les offres d’achat « inconditionnelles avec preuve de fonds et transaction dans les 15 jours » seront acceptées jusqu’à vendredi matin, 10 h.

Pour le conseiller Alex Norris, la mise en vente du terrain et du triplex est une « excellente nouvelle ».

« M. Desrosiers a fait preuve de beaucoup de négligence dans l’entretien de ses bâtiments, comme on a pu voir, estime-t-il. Donc, le fait que ce soit en vente, c’est une bonne nouvelle. Mais, quel que soit le propriétaire, on va continuer d’assurer une surveillance serrée du bâtiment qui est encore debout et on va continuer à suivre le dossier de très près. Nous, on souhaite qu’il y ait une reconstruction à l’identique. »

2002 : Année où les immeubles de Guy Desrosiers ont été déclarés patrimoniaux. La même année, la Ville a tenté, sans succès, de les acquérir pour les rénover et les revendre.

2013 : Année où le bâtiment situé aux 4413-4423, avenue de l’Esplanade, a été jugé irrécupérable par la Ville.