Deux nouveaux endroits seront transformés en refuges temporaires pour les sans-abri à Montréal, dans la foulée de la fermeture annoncée de l’hôtel Place Dupuis au centre-ville, qui inquiète grandement certains organismes communautaires.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

L’Hôtel-Dieu de Montréal, rue Saint-Urbain, ainsi que l’Auberge Versailles, rue Sherbrooke Est, deviendront en effet des refuges temporaires pour accueillir « à court terme » des personnes itinérantes.

« Même en été, les besoins sont criants. Grâce à la collaboration de l’ensemble des partenaires, l’offre en itinérance sera maintenue », a assuré le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, dans un communiqué, en soulignant « l’engagement exceptionnel des équipes qui travaillent sur le dossier de l’itinérance à Montréal ». Sur Twitter, l’élu a aussi parlé d’un « changement de culture, celui de vrai partenariat avec les organismes ».

À court terme, 100 places seront offertes aux personnes itinérantes dès le 1er juillet à l’Hôtel-Dieu, mais l’endroit pourrait accueillir jusqu’à 200 personnes « selon les besoins de la population ». Des travaux d’aménagement se poursuivront d’ailleurs au cours des prochaines semaines dans le bâtiment. Idem à l’Auberge Versailles, où 100 places supplémentaires seront offertes un peu plus tard, dans les prochains mois.

Cette annonce survient alors que l’hôtel Place Dupuis, transformé en refuge en octobre pour aider la population vulnérable du Village à traverser l’hiver, fermera ses portes le 30 juin. L’endroit accueille chaque nuit jusqu’à 250 personnes.

Joint par La Presse vendredi, le président de la Mission Bon Accueil, Sam Watts, dont l’organisme chapeautait le refuge de Place Dupuis, s’est dit très satisfait. « On était partie prenante des discussions et c’est une décision qui nous plaît. J’ai souvent dit qu’on doit arrêter l’approche de charité en itinérance, et adopter une position de santé urbaine. Là, être affilié et lié à un réseau de santé, c’est quelque chose qui va nous servir pour le futur », a-t-il noté, en faisant référence à l’Hôtel-Dieu.

M. Watts plaide que l’essentiel est « d’utiliser les refuges comme un tremplin vers la sortie de l’itinérance ». « Bien souvent, les personnes itinérantes n’ont pas besoin d’un hôtel, d’un hôpital ou d’un refuge d’urgence, mais bien d’un logement permanent avec un soutien psychosocial », conclut-il.

D’autres projets sont en cours et « visent des solutions plus pérennes pour les personnes en situation d’itinérance, soit l’entrée en logement », indique d’ailleurs Québec, en ajoutant qu’environ 300 personnes ont déjà été accompagnées pour obtenir un logement depuis le 1er avril. La PDG du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Sonia Bélanger, dit aussi travailler à « mettre en place des solutions pérennes qui visent l’entrée en logement de ces personnes vulnérables, afin qu’elles se réalisent pleinement ».

Une gestion en urgence ?

La députée libérale Paule Robitaille, porte-parole de l’opposition officielle en matière de lutte contre la pauvreté, déplore de son côté que l’annonce des nouveaux refuges ne survienne que « deux semaines avant la fermeture de l’hôtel Place Dupuis ». « Les personnes qui y résident, comme toutes les personnes en situation d’itinérance, sont fragiles et ont leurs habitudes. Ce n’est pas une mince affaire de déménager un tel refuge. Je trouve ça regrettable que ça soit fait à la dernière minute », dit-elle.

« Ce gouvernement a trop souvent tendance à gérer en urgence, en matière d’itinérance, et c’est parfois difficile pour les organismes de voir venir. C’est extrêmement dommage parce qu’on pourrait tellement faire mieux », insiste l’élue.

Elle dit espérer que l’Hôtel-Dieu sera « là pour longtemps ». « Il faut qu’on puisse construire sur quelque chose, sans envoyer les gens à gauche et à droite constamment. Il faut sortir de ce sentiment d’urgence », conclut Mme Robitaille.