Les rénovictions se multiplient dans Rosemont, déplore un intervenant du comité logement local. « Normalement, c’est entre zéro et trois immeubles par année où il y a des rénovictions. Depuis l’été dernier, on est rendus à 18 immeubles », lance Jean-Claude Laporte. Le bâtiment du 3265, rue Saint-Zotique Est, où 16 familles ont décidé de résister à un avis d’éviction, n’échappe pas à cette triste tendance.

Coralie Laplante La Presse

Gladis Osorio, 62 ans, habite dans l’immeuble de la rue Saint-Zotique avec son mari depuis 26 ans. Elle prend en charge les revendications des locataires. « On pensait finir nos jours ici », a lancé la femme au milieu de son salon, pendant que son mari s’affaire dans la cuisine.

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Gladis Osorio montre son avis d’éviction.

« On est bien ici, parce que le chauffage et l’eau chaude sont inclus », explique Mme Osorio. Elle affirme que des habitants de l’immeuble ont réussi à dénicher un nouvel appartement qui correspondait à leur budget, mais à Laval et à Repentigny.

M. Chenes, qui a préféré taire son prénom par crainte de représailles de son employeur, habite l’un des 24 appartements menacés de ce que les locataires qualifient de rénovictions dans l’immeuble. L’homme agite vivement les bras en désignant les murs de son appartement. « Il n’y a pas de fissures, il n’y a pas de problème de fondations. Je ne vois pas pourquoi on devrait partir pour faire des rénovations », affirme-t-il avec véhémence.

Ils veulent nous mettre dehors pour faire de l’argent.

M. Chenes, locataire du 3265, rue Saint-Zotique Est

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M. Chenes ne veut pas quitter l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie, auquel ses enfants et sa femme sont attachés.

Le locataire se déplace entre la chambre rose de sa petite fille, celle de son fils au couvre-lit de dinosaures et son salon lumineux. Il paie actuellement 913 $ pour son logement de cinq pièces. Il considère comme impossible de trouver un appartement au même prix à proximité de l’école et de la garderie de ses enfants.

« Je leur ai dit de m’envoyer un seul lien pour un appartement cinq et demie qui se trouve dans les alentours à 1250 $ par mois. »

« Ils mettent toute une famille dehors », affirme M. Chenes, en disant que le traitement que les locataires subissent est « inhumain ». Il appréhende le moment où il devra déplacer tous ses biens.

« Je ne veux plus me battre »

L’entreprise CJM Saint-Zotique Property inc. a pris possession du bâtiment dans lequel réside la famille en janvier dernier. Deux mois plus tard, les locataires ont reçu une lettre leur offrant un dédommagement, car ils devraient se déplacer pour une période de huit mois afin que des rénovations soient effectuées dans l’immeuble.

Toutefois, un second document leur proposant une somme d’argent en échange de la résiliation de leur bail a ensuite été acheminé aux locataires.

Certains habitants de l’immeuble n’ont pas la force de lutter. Un appartement est d’ailleurs déjà vacant.

Une locataire qui ne souhaite pas être nommée par peur de représailles a décidé de signer une entente avec les propriétaires, et de quitter les lieux. « Je ne suis pas capable de supporter ça », a-t-elle affirmé, en parlant de l’angoisse qu’a engendrée la lettre d’éviction reçue en mars dernier.

La femme à la santé précaire circule au milieu de piles de boîtes de carton. Elle quittera son appartement la semaine prochaine. « Moi, c’est fini, je ne veux plus me battre, je veux la paix », a lancé la vieille dame à l’air préoccupé.

La recherche d’un nouveau logement a été ardue pour la femme âgée. « J’avais peur de me ramasser dans une tente sur Sainte-Catherine », affirme-t-elle. C’est finalement sa sœur qui lui a déniché un appartement dans l’arrondissement d’Ahuntsic.

Cependant, ce sont 16 familles qui ont décidé de rester, et de se battre.

Le gouvernement doit « se réveiller »

Une conférence de presse a été organisée lundi après-midi afin de mettre en lumière la menace de rénovictions qui pèse sur les locataires. Une dizaine de locataires étaient sur place pour faire valoir leur vision de la situation. Le député de Québec solidaire de Rosemont, Vincent Marissal, est venu apporter son soutien aux résidants de l’immeuble lors de l’évènement.

« C’est vraiment une attitude de prédateurs, de gens qui veulent faire un maximum de fric », a lancé l’élu en désignant le phénomène des rénovictions. Il a invité le gouvernement de François Legault à « se réveiller », en reconnaissant la crise du logement et à mettre en place des actions pour y mettre fin.

Les propriétaires n’ont pas répondu aux appels de La Presse.