La sélection de la firme Lemay pour remplacer les architectes œuvrant jusqu’ici sur le Réseau express métropolitain (REM) de l’Est s’est faite « de façon rigoureuse et transparente », a assuré mardi la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ).

Coralie Laplante
La Presse

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Nous voulons toujours repérer les meilleurs talents en ville, et c’est probable que ces talents travaillent dans des firmes d’exception, comme Lemay », a simplement répondu le vice-président affaires corporatives, développement et stratégie de la filiale CDPQ Infra, Harout Chitilian, lorsque questionné à ce sujet.

Québec a confirmé mardi que c’est la firme Lemay qui remplacera les architectes actuels du projet, tel que l’a révélé La Presse plus tôt mardi. L’entreprise est étroitement liée à la Caisse de dépôt, et a notamment effectué des investissements importants dans l’organisation.

M. Chitilian affirme que l’embauche de l’ancien associé chez Lemay, Marc Choquette, qui a récemment été nommé « directeur, architecture et intégration urbaine », chez CDPQ Infra, n’a « aucun lien » avec la sélection de la firme d’architecture. « Ça s’est fait de façon rigoureuse et transparente, tout comme l’embauche de M. Choquette », a-t-il soutenu.

La réalité, dit le vice-président aux affaires corporatives, est qu’un appel d’offres a été effectué sans succès. « Dans cet appel d’offres, il y a une firme qui s’est désistée. Partant de là, on a donné un contrat à la compagnie Systra pour aller recueillir les meilleurs talents », a-t-il appuyé.

La firme Lemay, de son côté, n’a pas voulu se prononcer sur cet aspect. Le président de l’entreprise, Louis Lemay, s’est toutefois dit fier de travailler sur le projet. « C’est une superbe opportunité, parce que c’est une possibilité de se questionner sur les enjeux urbains et le Montréal de demain », a-t-il déclaré.

Un nouveau comité d’experts

C’est la présidente de la Fondation du CHU Sainte-Justine, Maud Cohen, qui sera la présidente du nouveau comité « indépendant » d’experts d’une quinzaine de personnes conseillant la Caisse de dépôt dans la réalisation du REM de l’Est, a annoncé mardi la ministre déléguée aux Transports, Chantal Rouleau.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Maud Cohen, nouvelle présidente du comité d’experts qui conseillera la Caisse au sujet du REM de l’Est

Elle soutient que le comité sera « paritaire », soit qu’il sera composé de sept femmes et huit hommes. Comme prévu, l’architecte Jean-Paul Viguier agira entre autres à titre d’« expert international » sur le projet. Il a d’ailleurs participé à la création du Grand Paris Express. Le directeur général de Vivre en Ville, Christian Savard, la directrice d’Énergir, Stéphanie Trudeau, le concepteur d’urbanisme Ken Greenberg et plusieurs autres complèteront ce comité qui veut ratisser large.

« On va avoir un regard multidisciplinaire qui va nous permettre de faire exploser les possibilités, d’ouvrir les œillères, pour comparer ce qui se fait ailleurs dans le monde. Parce qu’il y a d’excellentes choses qui se font », a mentionné Maud Cohen, en soulignant que les spécialistes auront « les coudées franches ».

En mars, la majorité des sept membres du comité sur l’intégration urbaine d’un autre segment du REM, celui de l’Ouest, avaient terminé l’exercice avec l’impression de ne pas avoir pu se prononcer sur des éléments importants du projet. Mais cette fois, Maud Cohen l’assure : ce scénario sera évité pour le comité du REM de l’Est.

On va chercher à savoir comment éviter de faire un comité sous huis clos qui arrive avec un résultat tout pondu pour livrer.

Maud Cohen, présidente du comité d’experts du REM de l’Est

La mairesse de Montréal, Valérie Plante s’est dit « rassurée » que le comité d’experts soit « prescriptif », car il aura ainsi une « capacité d’influence significative sur le projet ». Elle a réitéré que son administration souhaite un projet « qui s’intègre bien » au paysage urbain, plaidant pour que « l’accessibilité, la sécurité, les vues et la lumière » soient aussi prises en considération.

M. Chitilian, lui, a aussi promis que les rapports et mémoires du comité-aviseur seront rendus publics en ligne. Il a du même coup avancé que le comité d’experts ainsi que la firme Lemay « auront tous les moyens à leur disposition » pour atteindre une « contribution architecturale de haut niveau ».

Dans les rangs péquistes, le critique en matière de transports, Joël Arseneau, a déploré que « l’insistance des promoteurs du REM sur l’intégration urbaine laisse présager que le mode aérien ne pourra pas véritablement être remis en question par le comité aviseur ». « Il aurait fallu que le comité aviseur puisse faire la preuve que toutes les technologies de matériels roulants ont été véritablement considérées, notamment pour permettre un projet au sol ou en souterrain, sur l’ensemble du tracé », a-t-il réclamé.

En décembre, en révélant les tenants et aboutissants du REM de l’Est, le premier ministre François Legault avait parlé d’une « grande journée » pour l’est de la métropole. « On parle du plus gros investissement en transport collectif dans l’histoire du Québec. Moi, j’y crois depuis longtemps », avait-il dit. Cette deuxième phase du métro électrique léger de la Caisse de dépôt, qui est évalué au total à dix milliards, doit à terme relier Montréal-Nord et Pointe-aux-Trembles, en passant par Hochelaga-Maisonneuve, Rosemont, Saint-Léonard et plusieurs quartiers de l’est de Montréal.