Dans quelques jours, Jean-François Parenteau, responsable des services aux citoyens à la Ville de Montréal, va rencontrer sa garde rapprochée pour établir une stratégie en vue des prochaines opérations de déneigement et d’enlèvement de la neige.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

En effet, cet aspect de la vie urbaine, première source de récriminations de la part de résidants, va constituer un défi de taille l’hiver prochain. Avec la hausse du télétravail engendrée par la COVID-19, il est à prévoir qu’un nombre important de véhicules demeureront garés dans les rues. Leur déplacement compliquera hautement la tâche des équipes.

« Faire face à une tempête de neige est une chose, m’a dit Jean-François Parenteau, lors d’un entretien téléphonique lundi. Mais affronter une tempête un 2 janvier alors que tout le monde est en vacances, c’est autre chose. Avec la COVID-19, ça sera toujours comme un 2 janvier. »

Imaginez un peu la scène lorsque les camions repousseront la neige sur les nombreuses voitures stationnées qui bougeront plus rarement. Et imaginez quelle stratégie devront adopter les autorités pour déloger ces véhicules lors de la période d’enlèvement de la neige.

« J’ai levé le flag durant l’été, ajoute M. Parenteau. Nous réfléchissons déjà à une approche différente quant aux périodes de restriction. Il va falloir permettre aux gens de se stationner tout de suite après le passage des camions. Il faut aussi songer aux règles de distanciation avec les employés. Bref, c’est sûr qu’il faudra obtenir une très grande collaboration des citoyens. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

« Avec la hausse du télétravail engendrée par la COVID-19, il est à prévoir qu’un nombre important de véhicules demeureront garés dans les rues. Leur déplacement compliquera hautement la tâche des équipes [de déneigement l’hiver prochain] », note notre chroniqueur.

Dans quelques jours, de nombreuses pistes cyclables temporaires seront retirées. Mais le réseau permanent restera enrichi de nouveaux kilomètres. Cette bonification de l’infrastructure, objet de vives discussions au cours des derniers mois, bénéficiera-t-elle d’un déneigement soutenu ? C’est la question que tous les adeptes du vélo d’hiver se posent.

Oui, me confirme-t-on à la Ville de Montréal. « Toutes celles qui font partie du Réseau express vélo seront déneigées, m’a dit Jean-François Parenteau. Toutefois, celles qu’on appelle “pistes d’été” ne seront pas nécessairement déblayées. Ce seront des décisions locales. Par exemple, nous, à Verdun, il y a une piste qui longe le fleuve. On a décidé de la déblayer. Elle passe cependant après les opérations. »

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Jean-François Parenteau, responsable des services aux citoyens à la Ville de Montréal

Jean-François Parenteau affirme que le déneigement des pistes cyclables n’engendrera pas plus de travail pour les employés et ne fera pas augmenter le budget réservé à ces opérations hivernales. « Le déneigement des pistes est intégré au cadre routier, explique-t-il. La machinerie que nous utilisons pour les pistes [entre le trottoir et la bordure] comprend des déneigeuses qu’on utilise déjà pour les rues. »

Il faut préciser que lors des opérations d’enlèvement, les entreprises du secteur privé sont payées selon le volume qui est retiré et transporté au dépôt à neige. Ces entreprises modifieront-elles leurs modalités au fur et à mesure que les pistes vont s’ajouter et que les tâches vont se multiplier ? Cela reste à voir.

Pour ce qui est de la responsabilité du déneigement des pistes cyclables, on appliquera la même méthode que pour les chaussées. La ville-centre coordonne les opérations et les arrondissements assurent le travail.

Faut-il s’attendre à certaines inégalités dans le déneigement des pistes cyclables qui traversent plusieurs arrondissements ? Je compte sur les adeptes du vélo d’hiver pour noter et dénoncer la chose très rapidement.

Des pistes cyclables mieux déneigées devraient permettre aux cyclistes de moins circuler dans les rues. Car le réel danger pour les cyclistes et la véritable source de frustration des automobilistes tient souvent à cela.

Il est en effet stressant pour les conducteurs de contourner les cyclistes, très souvent dans l’obscurité, alors que le sol se couvre de neige.

Autre nouveauté cette année, la piste et le trottoir du pont Jacques-Cartier seront déneigés de manière assidue. Piétons et cyclistes auront accès à ce lien entre Longueuil et Montréal tous les jours, de 6 h à 22 h. Un projet pilote a été mené l’an dernier, entre décembre et mars, avec un groupe restreint de cyclistes. Il a été concluant.

Cette initiative du ministère fédéral de l’Infrastructure coûtera annuellement 300 000 $ (le déneigement des voies de circulation automobile coûte annuellement 700 000 $). La société Les Ponts Jacques Cartier et Champlain Incorporée (PJCCI) estime qu’environ 350 cyclistes empruntent quotidiennement cette piste.

Espérons que ce déneigement fera croître substantiellement le nombre d’usagers, car cette opération risque de coûter cher par tête de pipe.

Parlons maintenant des trottoirs. L’an dernier, de nombreux citoyens ont remarqué que des pistes cyclables avaient plus belle allure que les trottoirs. Une photo prise par l’auteur et artiste musical Biz avait suscité de vives réactions dans les médias et sur les réseaux sociaux.

On m’a expliqué que les véhiculent qui déneigent les rues interviennent plus rapidement que les chenillettes sur les trottoirs. Et comme les pistes cyclables sont déneigées en même temps que les rues, ceci explique cela. « Ce n’est pas qu’on veut privilégier les pistes cyclables au détriment des trottoirs, dit Jean-François Parenteau. De plus, il faut savoir que lorsqu’il fait doux, il est plus facile de déneiger l’asphalte des rues que le béton des trottoirs. »

Le plus grand ennemi des trottoirs demeure les périodes de gel et de dégel. Et lorsqu’on n’intervient pas au bon moment avant la création d’une couche de glace, les piétons ont droit à une patinoire. Et pour longtemps.

Ce sera le quatrième hiver pour Jean-François Parenteau. Alors qu’il aurait pu bénéficier de l’expérience des années précédentes pour procéder à certains ajustements, il doit composer avec un défi supplémentaire. « En effet, dit-il. Mais en même temps, on s’adapte. C’est la vie. Chose certaine, le déneigement et la COVID combinés seront un enjeu majeur pour nous cette année. Il va falloir faire preuve d’agilité. »

En effet ! On s’apprête à vivre le fameux confinement hivernal doublé (sans doute) de celui qui sera lié à la COVID-19. Si en plus la glace et la neige nous empêchent de sortir de la maison, nous serons tous mûrs pour une grande déprime collective !