Même si la COVID-19 a mis à mal ses finances, la Ville de Montréal s’engage à geler les taxes foncières des contribuables pour 2021.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

« La crise est loin d’être finie, les gens vont continuer de souffrir, financièrement et en raison du manque de contact avec leur entourage. C’est pourquoi nous avons fait le choix de geler les taxes foncières dans le prochain budget », a annoncé la mairesse de Montréal, Valérie Plante, en conférence de presse jeudi matin, en faisant une mise à jour économique.

À quelques semaines du dépôt du budget municipal, la Ville prévoit un déficit de 109 à 129 millions, une somme qui correspond à 2 % de ses revenus annuels.

L’administration Plante compte sur l’aide gouvernementale, sur ses surplus accumulés et sur une compression des dépenses pour combler ce déficit, mais elle pourrait aussi décider d’emprunter. «Une chose est sûre, nous ne refilerons pas tout ça sur la carte de crédit», a assuré Benoit Dorais, président du comité exécutif.

Le gel des taxes foncières prive la Ville de revenus de 56 millions. « C’est cette somme qui reste dans les poches des Montréalais », a souligné la mairesse.

Depuis l'arrivée au pouvoir de Valérie Plante, les taxes résidentielles ont augmenté de 3,3 % en 2018, de 1,7 % en 2019 et de 2,1% en 2020. Lors de son élection, Mme Plante s'était engagée à maintenir les hausses au niveau de l'inflation.

La ville-centre contrôle 80% de la facture de taxes. Pour les 20% restants, chaque arrondissement est libre de décréter une augmentation. «Les arrondissements font leurs propres budgets», a noté Mme Plante, en ajoutant que le gel annoncé par son administration envoie tout de même un «message fort» aux autres élus.

En plus de ce gel des taxes résidentielles et non résidentielles, l’administration espère mettre en place d’autres mesures d’aide aux commerçants, durement touchés par les fermetures décrétées par les autorités, a dit Benoit Dorais.

La semaine dernière, Québec et Ottawa ont annoncé une aide financière de 2,3 milliards pour les municipalités, dont la moitié pour renflouer les coffres des sociétés de transport en commun. Mais Montréal ne connaît pas encore la somme qui lui reviendra.

La pandémie de COVID-19 a coûté 85 millions à la Ville de Montréal, a expliqué Benoit Dorais. Les frais les plus importants: 26 millions pour les refuges et les repas offerts aux itinérants, et 16 millions pour la sécurisation des sites municipaux essentiels, comme les usines de production d’eau potable. La facture des voies actives sécuritaires, installées pour laisser plus de place aux piétons, s'élève 5 millions, tandis que la mise en place du télétravail pour les employés municipaux a coûté 2,5 millions.

73 millions de moins en contraventions

En plus de ces dépenses supplémentaires, la Ville a dû absorber des baisses de revenus dans plusieurs secteurs. Comme il y a moins de circulation, il y a moins de contraventions émises par les policiers, ce qui provoque un manque à gagner de 73 millions, prévoit l’administration. Les parcomètres ont aussi rapporté 27 à 30 millions de moins.

Les retards sur certains chantiers de construction, à la suite du confinement du printemps dernier, ont entraîné de leur côté des pertes de 18 millions en revenus de taxes.

En avril dernier, l'administration Plante avait demandé des compressions de 123 millions à l’ensemble des services municipaux, sans coupures de services, a rappelé M. Dorais. Ce plan de redressement a permis de réduire le déficit anticipé, qui était évalué à 253 millions en juin dernier.

L’opposition à l’hôtel de ville dénonce le fait que l’administration songe à emprunter pour combler en partie le déficit budgétaire. «Comment peut-on se payer le luxe d’un gel de taxes alors que la carte de crédit de la Ville est déjà au maximum?», demande Lionel Perez, chef du parti Ensemble Montréal. «Augmenter la dette, ça revient à taxer les générations futures.»

Selon M. Perez, il faudrait plutôt couper dans les services non essentiels pour combler le manque à gagner. « La crise est loin d’être finie, les gens vont continuer de souffrir, financièrement et en raison du manque de contact avec leur entourage. C’est pourquoi nous avons fait le choix de geler les taxes foncières dans le prochain budget », a annoncé la mairesse de Montréal, Valérie Plante, en conférence de presse jeudi matin.

La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), qui représente les PME, a salué la décision de la Ville de Montréal, en soulignant que la Ville de Québec avait aussi annoncé, le 31 août, un gel des taxes foncières pour 2021. L'organisme demande à toutes les municipalités de la province, et aux arrondissements montréalais, d'adopter les mêmes mesures.

Le Conseil canadien du commerce de détail a aussi fait savoir qu'il était satisfait de l'annonce de la Ville de Montréal, qui « apportera une bouffée d'oxygène essentielle pour les commerçants qui ont été durement frappés par la pandémie », a déclaré Marc Fortin, président de l'organisme pour le Québec, par voie de communiqué.