L’intérêt pour les ruelles vertes continue de grandir à Montréal, particulièrement en ces temps de pandémie. Bon nombre d’arrondissements multiplient cet été les projets dans « l’arrière-cour » des artères résidentielles. Pour plusieurs, l’engouement grandissant pour ces aménagements n’est que le début.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« On voit que les gens ont un peu imaginé leur ruelle comme un havre de paix pendant la COVID-19. C’est devenu un petit paradis, où ils sont entre eux. Il s’est développé à plusieurs endroits un lien fort dans la communauté. Ce ne sont plus juste des voisins, ce sont des amis », dit la responsable à la mobilisation de Ville en vert, Élizabeth Vigeant.

Son organisme gère entre autres l’attribution et la création de nouvelles ruelles vertes dans Ahuntsic-Cartierville, où neuf d’entre elles ont vu le jour depuis 2018, dont quatre cette année. Deux autres projets sont aussi en voie d’être lancés. Chaque fois, le but est le même : retirer l’asphalte au profit de plantes, d’arbres et d’arbustes pour rendre l’espace plus convivial, en réduisant du même coup les îlots de chaleur.

À terme, c’est surtout la multiplication des ruelles vertes qui fera la différence, croit Mme Vigeant. « Le réseau que ça constitue devient très fort. Ça nous permet de voir venir des enjeux récurrents », illustre-t-elle. Plusieurs problématiques peuvent en effet être réglées, croit la Montréalaise, qui souligne que la circulation automobile est apaisée, rendant le milieu de vie plus sécuritaire.

On peut réellement faire une différence en verdissant et en mettant de l’affichage, du mobilier. Plus les gens habitent la ruelle, plus ça diminue aussi les gestes négatifs, comme le vandalisme ou le vol.

Élizabeth Vigeant, responsable à la mobilisation de Ville en vert

Actuellement, la limite de vitesse dans les ruelles varie d’un arrondissement à l’autre. Dans Lachine ou Outremont, elle est de 15 km/h, alors que sur le Plateau-Mont-Royal, c’est plutôt 20 km/h. L’idée d’imposer 5 km/heure dans toutes les ruelles fait couler beaucoup d’encre depuis quelques années à Montréal.

Un rôle « très particulier » pendant la pandémie

Dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, 10 nouvelles ruelles vertes sont apparues cet été. Le maire de l’arrondissement, Pierre Lessard-Blais, est formel : elles ont joué un rôle « essentiel » pour les familles pendant la pandémie.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Pierre Lessard-Blais, maire de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve

Ce n’est pas tout le monde qui a accès à une cour, et les parcs étaient régulièrement bondés. C’est devenu un lieu supplémentaire, surtout pour les jeunes, et un espace d’entraide pour les ménages qui étaient débordés par le télétravail.

Pierre Lessard-Blais, maire de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve

Son administration réserve en moyenne un budget de 30 000 $ à 50 000 $ pour tout nouveau projet de ruelle verte. Ces coûts augmentent surtout en fonction des travaux de déminéralisation, que l’arrondissement veut promouvoir au maximum. « C’est vraiment l’impact qui est le plus grand. On vise la qualité des projets et leur pérennité. Il faut que l’impact de ce qu’on fait reste dans le temps », dit M. Lessard-Blais.

En octobre dernier, Radio-Canada rapportait que le tiers des ruelles vertes de l’arrondissement étaient toutefois négligées, voire abandonnées. L’élu, lui, affirme que c’est surtout parce que les investissements n’étaient pas au rendez-vous dans le passé. « On a donné un mandat à une firme d’architectes pour retourner dans chacune de ces ruelles et trouver des manières de relancer les projets », justifie-t-il.

Renforcer le tissu social

Pour la chef des projets scientifiques à la Fondation David Suzuki, Louise Hénault-Ethier, la pandémie est une occasion unique de renforcer le tissu social dans les quartiers. « On se retrouve en ce moment dans une société somme toute très individualiste, alors qu’on vit une crise où il faut être solidaires, sans trop se rapprocher. C’est tout plein de contradictions », illustre-t-elle.

Des aménagements extérieurs comme une ruelle verte deviennent un moyen de répondre à ces nouvelles réalités, plaide l’experte. « Avec un espace bien aménagé, où il y a moins de risque de contamination croisée, ça peut permettre des rapprochements familiaux avec des aînés, par exemple. Ça prend tout son sens en milieu urbain », dit-elle.

On voit toujours un certain retour à la terre pendant des moments de crise. C’est peut-être ça, aussi, les ruelles vertes.

Louise Hénault-Ethier, chef des projets scientifiques à la Fondation David Suzuki

La toute première ruelle verte a vu le jour à Montréal en 1997, sur le quadrilatère des rues de Mentana, du Parc-La Fontaine, Roy et Napoléon, dans le Plateau-Mont-Royal. L’arrondissement en compte aujourd’hui plusieurs dizaines ; huit ruelles vertes ont été créées de toutes pièces cette année, avec un budget de 550 000 $.

D’ici la fin de l’été, cinq nouveaux projets de verdissement seront terminés dans Rosemont – La Petite-Patrie, qui cumulera ainsi tout près de 130 ruelles vertes. Idem dans le Sud-Ouest, qui devrait en aménager six de plus. Selon des données de la Ville de Montréal datant de l’an dernier, on compte officiellement 444 ruelles vertes dans l’île, en comparaison avec 38 en 2009.