Il ne faut pas être un expert en foules pour voir que Montréal est désert comme il ne l’a jamais été. Après un difficile confinement, les Montréalais fuient leur ville. Quant aux visiteurs, ils préfèrent les plaisirs bucoliques de la nature plutôt que ceux de la métropole.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Alors que vous êtes nombreux à prendre la route des vacances, je réintègre mon appartement montréalais après quelques jours de farniente en Estrie. Durant cette période, j’ai vu la population de cette fabuleuse région, riche en lacs et en chalets, grossir de façon exponentielle.

Vendredi dernier, premier jour des classiques « vacances de la construction », on a assisté à un véritable boum. Pendant ce temps, des amis me textaient : « Montréal se vide ! C’est effrayant !  »

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Pour mille et une raisons, les régions sont les gagnantes de ces vacances covidiennes alors que Montréal est le grand perdant, indique notre chroniqueur.

Pour mille et une raisons, les régions sont les gagnantes de ces vacances covidiennes alors que Montréal est le grand perdant.

On devinait bien que Montréal, épicentre de la pandémie, ne pourrait compter cet été sur la présence des touristes.

L’an dernier, Montréal a accueilli 11,1 millions de visiteurs. Cette année, selon les prévisions de Tourisme Montréal, la métropole devrait voir ce nombre chuter de 90 %. Une véritable hécatombe !

« C’est sans précédent, m’a dit Manuela Goya, vice-présidente du Développement de la destination et des Affaires publiques à Tourisme Montréal. On se concentre maintenant sur la période allant de 2021 à 2026. »

Il faut toutefois préciser que Montréal n’est pas la seule grande ville privée de touristes, c’est également le cas de Québec et de Toronto, m’a confirmé Ève Paré, présidente de l’Association des hôtels du Grand Montréal.

Cette dernière m’a donné, encore une fois, des chiffres désolants concernant le taux d’occupation des hôtels de la métropole. En juin, seulement 10 % des chambres ont été occupées alors que normalement, le taux varie autour de 75 %. « Ce fut grâce à la présence des militaires », a-t-elle ajouté.

Les données du mois de juillet seront publiées au début d’août, mais Ève Paré a du mal à voir une « embellie » au loin. Elle a tenu à préciser que 80 % de la fréquentation des hôtels de Montréal est le fait de visiteurs provenant de l’extérieur de la province. Bref, même si les Québécois étaient très nombreux à venir à Montréal, cela aurait peu d’impact.

On a beaucoup répété ces dernières semaines que l’on comptait fortement sur la présence des Montréalais pour faire vivre leur ville. Cette équation n’était pas tout à fait juste. À l’absence de visiteurs s’ajoute la désertion des Montréalais qui ont envie, plus que jamais, de nature, d’eau et de barbecue. Une tournée dans les parcs et les rues de Montréal suffit à vous convaincre de cet exode.

Car s’il y a un point commun entre tous les vacanciers québécois cette année, c’est bien cette recherche de bulle, une bulle protectrice, enveloppante et bienfaitrice. On veut vivre ses vacances en cellule, en vase clos, pas dans les grandes cités.

Et si les visiteurs venaient à Montréal ou que ses habitants y demeuraient, que feraient-ils ? Bien sûr, il y a les expositions des grands musées. Il y a les terrasses des restaurants. Des cyniques ajouteront qu’il y a aussi les millions de chantiers de construction et les fameuses VAS, les voies actives et sécuritaires qui sont, aux dires des élus, un grand « succès ».

Mais à part cela, qu’est-ce qu’un touriste qui vient à Montréal pourrait bien se mettre sous la dent en ce moment ? Limitées dans leurs activités par des règles sanitaires, les salles de spectacle sont majoritairement fermées. À part le Lion d’or, le Bordel et quelques rares autres lieux, c’est le calme plat.

Mais en région (Québec, Îles-de-la-Madeleine, Saint-Sauveur, Tadoussac, etc.), plusieurs petites salles offrent des spectacles. Il est tout de même étonnant qu’au nombre de salles qui existent à Montréal, on n’ait pas su se ressaisir et créer des formules novatrices.

Toujours en région, on accueille les artistes, humoristes et musiciens dans des ciné-parcs, un concept dont on s’est beaucoup moqué lorsqu’il est apparu au printemps. Au cours des prochaines semaines, de nombreuses tournées (Marjo, 2Frères, Marc Dupré, etc.) auront lieu dans ces royaumes du char.

Basée essentiellement sur de gigantesques évènements, je parle ici des festivals (Francofolies, Jazz, Juste pour rire, Nuits d’Afrique, Divers-Cité, etc., ), la vie culturelle estivale de Montréal a beaucoup de mal à regonfler la montgolfière.

Finalement, il reste la programmation d’animation de rues que le Partenariat du Quartier des spectacles promet depuis des semaines et qui sera dévoilée aujourd’hui.

Loin de moi l’idée de jeter la pierre à l’administration municipale et aux autorités qui assurent la vitalité touristique à Montréal. Des mesures de déconfinement étaient encore dévoilées au compte-gouttes alors que l’été commençait. Il fallait d’abord mettre en place des mesures sanitaires avant de penser au divertissement. Et puis, il y a la fermeture des frontières avec les États-Unis.

Tout cela est extrêmement complexe. Et unique.

Cela dit, l’été n’est pas terminé et il reste encore de beaux jours devant nous. Espérons que Montréal saura retrouver sa vitalité. Et espérons que l’expérience que nous connaissons actuellement saura fouetter la créativité des leaders en place afin de nous assurer d’un automne grouillant.

On aime à dire que Montréal ne se visite pas, Montréal se vit. Dénué de son âme, il a aujourd’hui un pouvoir attractif qui ne tient qu’à un fil.

Ou à un vaccin.