Rendre les transports en commun gratuits lors des importantes tempêtes de neige balayant la région de Montréal coûterait près de 1 million par jour, sans garantie de réduire le nombre d’accidents. La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), qui a étudié l’idée au cours des derniers mois, recommande de ne pas aller de l’avant avec une telle initiative.

Sara Champagne Sara Champagne
La Presse

Au lendemain d’une énième tempête qui avait laissé une vingtaine de centimètres de neige, les élus montréalais avaient commandé l’hiver dernier une étude sur la possibilité de rendre les transports en commun gratuits lors de fortes précipitations.

D’abord, la CMM a constaté que « tempête » ne rime pas systématiquement avec « accidents ». Le rapport a noté une hausse des collisions à seulement six occasions lors de chutes de neige de 9 centimètres et plus survenues de 2011 à 2018. Lors des autres tempêtes, le nombre d’accidents a chuté de 22 %. En fait, paradoxalement, le nombre d’accidents a tendance à augmenter lors des faibles tempêtes et à diminuer lors des précipitations abondantes.

Ensuite, pour chaque jour de gratuité, la CMM calcule que la mesure creuserait un trou financier d’environ 840 000 $ pour la région métropolitaine (RMR) et de 630 000 $ pour l’agglomération de Montréal. On souligne au passage que la gratuité s’appliquerait uniquement aux titres journaliers et unitaires, puisqu’aucun remboursement ne serait prévu pour les détenteurs de cartes annuelles ou mensuelles.

Le manque à gagner annuel pourrait aller jusqu’à 28,6 millions si la gratuité était décrétée après chaque chute de neige, calcule la CMM.

Idée rejetée

Le rapport ne recommande pas d’adopter cette mesure. Même en excluant le manque à gagner, les membres de la commission du transport de la CMM ne voient pas comment la gratuité serait pertinente dans le contexte où la ligne orange du métro de Montréal est déjà saturée à l’heure de pointe. On fait aussi remarquer à la Ville de Montréal que les travaux du Réseau express métropolitain (REM) ont un lourd impact sur la ligne de train de Deux-Montagnes, avec une clientèle qui se rabat sur le métro.

De plus, l’idée semble avoir été particulièrement mal accueillie par les municipalités des couronnes, notamment sur la Rive-Sud. « Je ne comprends pas comment cette idée s’est rendue jusqu’à nous. Ce n’est vraiment pas l’idée du siècle. Libre à Montréal si elle veut offrir la gratuité de façon ponctuelle, mais qu’elle ne vienne pas piger dans nos poches », a dénoncé le maire de Vaudreuil-Dorion, Guy Pilon, qui préside la commission du transport de la CMM.

Autoroutes chauffées

Selon lui, il serait plus judicieux d’investir dans des tronçons de route « chauffés » si on veut réellement réduire le nombre de collisions. « Avec des montants aussi importants, on pourrait par exemple profiter de la réfection du pont de l’Île-aux-Tourtes [reliant Vaudreuil-Dorion à Senneville] pour chauffer le pavé. La technologie existe ailleurs. Je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi on n’y a jamais pensé au Québec. »