Vous voulez savoir quelles rues sont bloquées par des travaux ou des chantiers pour éviter d’être coincé dans d’interminables bouchons ou ne pas vous perdre dans un labyrinthe de détours parsemés de cônes orange ? Bonne chance. Vous n’y arriverez pas, parce que cette information n’existe pas.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Bien sûr, la Ville fournit une partie de l’information, avec une carte des travaux dans l’île. Mais il y a un hic : cette carte ne porte que sur les travaux sous sa responsabilité, l’amélioration des infrastructures municipales ou les travaux d’utilité publique.

Boom immobilier

Mais comme les Montréalais et les banlieusards le savent, de nombreuses entraves à la circulation sont causées par les chantiers privés – tours de bureaux, rénovations de commerces, condos qui poussent comme des champignons dans le centre-ville. Et pour ces projets privés, qui bloquent les rues autant que les travaux municipaux, aucune information n’est disponible.

La Presse a tenté, pendant plusieurs jours, d’obtenir cette information pourtant utile pour les citoyens. À la question simple : « Combien de chantiers privés, approximativement ? », la réponse tardive de la division des relations de presse a été la suivante : « Je vous invite à communiquer directement avec chacun des arrondissements qui émettent des permis pour ces chantiers. Toutefois, il est à noter que les chantiers majeurs privés sont pris en compte lors de la planification des travaux de la Ville. »

Autrement dit, après un travail de moine auprès des 19 arrondissements de la Ville, on pourrait connaître le nombre de chantiers privés. 

Mais il n’existe aucun mécanisme pour rendre cette information disponible aux citoyens, en temps réel, parce que les entraves des chantiers changent sans cesse.

Sans oublier que l’île de Montréal n’héberge pas seulement 19 arrondissements : il y a aussi les villes défusionnées. Et que le territoire est aussi très touché par les projets fédéraux, comme le pont Champlain, et provinciaux, comme le chantier de l’échangeur Turcot. Or, si vous consultez la carte des travaux proposée par la Ville, vous y découvrirez avec surprise que rien n’entrave les autoroutes 15, 20 ou 720, parce qu’elle ne porte que sur les travaux municipaux.

Bref, ce service pour assister les automobilistes dans leurs déplacements n’existe pas. On en aurait pourtant bien besoin cet été où on a nettement l’impression qu’il n’y a jamais eu autant de travaux aux quatre coins de la métropole. Une impression qui est justifiée.

Des chantiers plus importants

« Si l’on compte les chantiers de reconstruction et de réhabilitation de la ville-centre, des arrondissements et des firmes d’utilité publique, on peut estimer à 400 le nombre de chantiers sur le territoire de Montréal », affirme Marie-Ève Courchesne, porte-parole de la Ville.

Le nombre de projets est « sensiblement » le même que l’an dernier, affirme-t-elle. Mais « les chantiers gagnent en importance en termes de volume ». Résultat, il y a plus de tronçons de rue fermés à la circulation.

Quant aux chantiers privés, difficiles à répertorier, on voit bien que Montréal s’est transformé en une forêt de grues et de gratte-ciel. Et que cela cause des ennuis en tous genres : embouteillages, bruit, poussière, trottoirs impraticables, détours…

Frustration et bris

« Ça provoque beaucoup de frustration chez les automobilistes, constate Annie Gauthier, porte-parole de CAA-Québec. Je présume que ces travaux sont justifiés, mais on a l’impression que ça n’avance pas vite. »

Sans surprise, le CAA observe un nombre accru de bris de véhicule causés par le mauvais état des routes à Montréal.

« Les patrouilleurs nous disent deux choses, rapporte Mme Gauthier. La première : la période des nids-de-poule est beaucoup plus longue qu’avant. Elle commence au début février et se poursuit jusqu’à la fin mai. La deuxième : les garages avec lesquels le CAA fait affaire n’ont jamais autant offert de services de réparation pour des bris de voiture causés par des trous ou des fissures dans les routes. »

Google Maps et Waze

Pour trouver son chemin au milieu des chantiers, les automobilistes doivent souvent se rabattre sur les applications GPS, comme Google Maps et Waze.

Waze, qui appartient à Google, tient compte d’un certain nombre de facteurs (les données entrées par les conducteurs, les conditions routières, les vitesses en temps réel, les données de trafic, etc.) pour offrir l’itinéraire le plus direct possible, « surtout durant les périodes de grands travaux de construction », affirme le consultant Steve Gold.

L’entreprise collabore avec plusieurs villes, dont Montréal, à qui elle fournit des outils et des données anonymes en temps réel « afin de lui permettre de prendre de meilleures décisions de planification et ainsi contribuer à diminuer la circulation », précise M. Gold.

Mais même ces applications, malgré leurs outils sophistiqués, n’arrivent pas toujours à garder le contrôle. Récemment, Google Maps nous a dirigée sur l’autoroute Décarie même si celle-ci était fermée.

Cinq des vingt-cinq grands chantiers de la Ville

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Des travaux de réfection des infrastructures doivent avoir lieu dans la rue Saint-Paul.

Rue Saint-Paul

La Ville réaménage la rue Saint-Paul, dans le Vieux-Montréal, du boulevard Saint-Laurent à la place Jacques-Cartier. Le projet comprend la réfection des infrastructures, l’élargissement des trottoirs et l’installation de pavés de granite dans la rue. Montréal élimine du même coup le stationnement de longue durée.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

De concert avec l’Université de Montréal, la Ville redéveloppe le site de l’ancienne gare de triage d’Outremont, à la jonction de quatre arrondissements et de la ville de Mont-Royal.

MIL Montréal

De concert avec l’Université de Montréal, la Ville redéveloppe le site de l’ancienne gare de triage d’Outremont, à la jonction de quatre arrondissements et de la ville de Mont-Royal. Le projet prévoit la construction de 1300 logements, dont 30 % abordables et sociaux, et d’un parc de quatre hectares.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Les travaux se poursuivent, rue Sainte-Catherine Ouest, à Montréal.

Rue Sainte-Catherine

Entrepris l’an dernier, les travaux d’infrastructures souterraines de l’artère commerciale sont terminés sous la rue Sainte-Catherine, entre les rues Saint-Alexandre et De Bleury. L’aménagement de surface se poursuivra en 2020 jusqu’au boulevard Robert-Bourassa. Pour ce qui est des travaux d’infrastructures, entre le boulevard Robert-Bourassa et la rue du Square-Phillips, ils sont réalisés à 60 %.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Des travaux d’infrastructures municipales sont prévus dans la rue Saint-André, à Montréal.

Rue Saint-André

La Ville aménage sa première « vélorue », rue Saint-André. Le but : offrir un axe cyclable à l’année, tout en diminuant la circulation dans une rue résidentielle. Des travaux d’infrastructures municipales sont également prévus. En attendant, mieux vaut éviter d’emprunter cette rue du Plateau Mont-Royal, impraticable par endroits.

IMAGE FOURNIE PAR LA VILLE DE MONTRÉAL

L’esplanade Clark accueillera, à la fin de l’année, une patinoire extérieure réfrigérée qui deviendra une grande terrasse en été.

Esplanade Clark

Située à l’ouest de la rue Clark, entre la rue Sainte-Catherine et le boulevard De Maisonneuve, l’esplanade Clark occupe une superficie de 5000 mètres carrés. Elle accueillera, à la fin de l’année, une patinoire extérieure réfrigérée qui deviendra une grande terrasse en été. Le projet prévoit aussi la construction d’un chalet accessible au public, de kiosques de nourriture, de salles polyvalentes et de locaux d’entreposage.