Les anciens directeurs généraux de la Ville de Montréal sous l'administration Tremblay se contredisent sur la question de savoir qui connaissait l'existence d'une étude secrète réalisée en 2004 sur le coût de la corruption à Montréal.

Mis à jour le 25 nov. 2012
Philippe Teisceira-Lessard LA PRESSE

Selon Michael Applebaum, numéro 2 de la Ville jusqu'à vendredi, le document démontre que les contrats attribués par Montréal coûtent en moyenne de 30 à 40% plus cher qu'ailleurs.

Hier, l'ancien directeur général Robert Abdallah a assuré que le maire Tremblay avait été mis au courant de l'existence de l'étude dès qu'elle a été réalisée. C'est lui qui était en poste lors de la rédaction du fameux rapport.

«M. Tremblay était là et tous les membres de l'exécutif étaient présents. Tout le monde. Je n'exclus personne, a-t-il affirmé sur les ondes de TVA. On a caché ça, et les gens ne le savaient pas, n'étaient pas au courant? Moi, je vous le dis hors de tout doute, avec des faits, on a été à l'exécutif.»

M. Abdallah soutient notamment que le fameux rapport secret a été commandé par le comité exécutif lui-même, ce qui exclut toute possibilité que ses membres n'aient pas été au courant. La firme retenue pour rédiger le document était l'entreprise de vérification Macogep. «Les preuves sont là», a affirmé l'ancien directeur général.

Roquet ne savait pas

Mais Louis Roquet, successeur de M. Abdallah, a assuré que l'étude était restée secrète pendant qu'il tenait les rênes de l'administration municipale, de 2009 à 2011.

«Je me rappelle très bien que jamais l'existence de cette étude n'a été évoquée et que jamais je n'en ai soupçonné l'existence», a-t-il affirmé en entrevue avec La Presse.

Vendredi, Michael Applebaum a affirmé que le maire de Montréal n'avait pas été mis au courant de l'existence de cette étude. Au cours de son discours de démission, la semaine dernière, Gérald Tremblay s'est plaint de ne pas avoir pu prendre connaissance rapidement d'un document datant de 2004.

Vision Montréal porte plainte

La chef de Vision Montréal, Louise Harel, entend porter plainte officiellement pour mettre la main sur le rapport secret.

Selon Michael Applebaum, le document continue de faire l'objet d'une opération de camouflage par l'état-major d'Union Montréal.

«C'est inacceptable», selon Mme Harel, qui s'est dite «indignée de penser que le comité exécutif de la Ville de Montréal ait tenté d'étouffer la publication d'un rapport».

Vendredi, Michael Applebaum a assuré que les hésitations des élus d'Union Montréal quant à la publication de ce rapport constituaient la raison principale de sa démission du comité exécutif de la Ville. La veille, il a été battu par Richard Deschamps dans la première étape de la course à la mairie par intérim.

Selon M. Applebaum, plusieurs élus d'Union Montréal s'opposent à la diffusion du document pour ne pas amplifier l'immense controverse qui plane sur la formation politique.

Québec veut savoir

Le ministre des Affaires municipales a semblé pencher du côté de Louise Harel, hier, et a demandé à la Ville de Montréal de cesser de jouer à cache-cache.

«Je pense que tous les documents pertinents à la recherche de la vérité doivent être mis à la disposition de la Commission, des enquêteurs, et si c'est possible, qu'il soit rendu public, a fait valoir le ministre Sylvain Gaudreault. La clé, c'est la transparence et la mise à la disposition des enquêteurs de tous les documents pertinents.»

- Avec Ewan Sauves