Lorsque des membres de Greenpeace ont pénétré dans la mine Aurora de Syncrude pour installer leurs bannières, en juillet dernier, ils ont réussi à soulever l'ire de la compagnie... et celle de la population albertaine, plutôt favorable à l'exploitation des sables bitumineux.

François Cardinal LA PRESSE

Car l'opposition à ces projets a beau être grandissante au Canada et ailleurs, elle est presque inexistante dans cette province, où la manifestation des écologistes a donné lieu à de sévères remontrances dans les tribunes téléphoniques et les journaux. La méfiance à l'égard des pétrolières semble en effet moins grande qu'à l'endroit des environnementalistes et même, des journalistes.

Lors de notre passage au mois d'août, une équipe de la chaîne de télévision Discovery l'a d'ailleurs appris à ses dépens lorsqu'elle s'est arrêtée en bordure de la route, à proximité de Fort McMurray. Les invectives de la part des automobilistes ont été nombreuses et agressives.

«Il faut comprendre qu'à peu près tout le monde dans cette province est, d'une façon ou de l'autre, dépendant du pétrole, explique Julie Hrdlicka, coordonnatrice de l'Institut Parkland et ancienne candidate du NPD. Même le serveur du restaurant du coin profite indirectement du boum économique en cours.»

«Certes, les Albertains sont au courant des dommages environnementaux qu'inflige l'extraction pétrolière, mais ils n'en parlent que très peu, ajoute-t-elle. Ils sont déchirés. Ils ont l'impression d'avoir à choisir entre la protection de l'environnement et le bien-être de leur famille, qu'ils doivent nourrir.»

Également, la mainmise du Parti conservateur de la province sur le débat politique est très importante. Au pouvoir depuis maintenant 36 ans, les élus de cette formation, très favorables à l'exploitation des sables bitumineux, se sont habitués à diriger sans opposition.