Le ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, a lancé lundi à Montréal la deuxième et dernière phase de développement de la stratégie nationale d’adaptation au changement climatique, et il invite la population à se prononcer sur le sujet.

Mis à jour le 16 mai
Stéphane Blais et Mia Rabson La Presse Canadienne

C’est sur les berges de la rivière des Prairies, où « les inondations sont de plus en plus fréquentes », que le ministre Guilbeault a annoncé le début des consultations publiques. Le gouvernement souhaite mettre en place un cadre doté de cibles et de mesures claires et adopter une première mouture de la stratégie dès l’automne.

Afin de rendre plus concret ce que signifie l’adaptation au changement du climat, le ministre a souligné que le grand parc de l’Ouest, qui regroupera plusieurs parcs bordés par la rivière des Prairies, est un exemple de solutions basées sur la nature qui permettra de s’adapter et devenir plus résilient. Lorsque la rivière sort de son lit, le parc, qui a reçu un investissement de 50 millions du gouvernement fédéral, peut absorber l’eau et ainsi éviter des catastrophes financières et humaines.

« Le parc participe à protéger des milieux humides rares tout en aidant à créer une zone tampon naturelle pour réduire les risques d’inondations pour les collectivités situées en aval » de la rivière, a souligné Steven Guibeault.

La stratégie du gouvernement doit donc proposer des solutions basées sur la nature, mais aussi des moyens de transformer la façon dont nous construisons nos infrastructures.

De nouvelles normes doivent par ailleurs être intégrées dans la conception et la gestion de toutes les infrastructures pour les rendre à la fois modestes en carbone et résistantes aux conditions météorologiques extrêmes.

S’adapter au climat signifie également de prendre « des mesures comme interdire la construction de maisons sur des plaines inondables, augmenter le nombre d’arbres dans les forêts urbaines pour réduire les effets des vagues de chaleur et utiliser des données pour cartographier et gérer les risques d’incendies de forêt », précise un communiqué d’Environnement et Changement climatique Canada.

La participation des provinces et municipalités

Cet effort considérable nécessitera que tous les ordres de gouvernement se présentent à la table.

Questionné à savoir s’il avait l’appui des provinces et municipalités, le ministre Guilbeault s’est montré confiant.

« On a déjà fait des tables de travail dans le passé et la collaboration des partenaires est très large », a indiqué le ministre en ajoutant que lorsque « le toit de la maison coule, on peut tous s’entendre qu’il faut réparer le toit, après on peut s’obstiner sur qu’est-ce qu’on va manger pour souper ».

La population canadienne, les organismes communautaires, les entreprises et les parties intéressées sont invités à partager des témoignages en ligne, sur le portail parlonsadaptation.ca, d’ici le 15 juillet 2022.

Difficile de définir un montant précis

Le ministre Guilbeault a souligné que le gouvernement avait déjà investi 3,4 milliards en adaptation au changement climatique et ajouté que le but de « l’exercice de consultation est de tenter de définir quels seront les besoins en termes d’investissement », en précisant que la stratégie évoluera au rythme des expériences et des catastrophes liées au climat.

Lundi matin, un haut fonctionnaire d’Environnement et Changement climatique Canada a précisé que le coût de la prévention et de la préparation aux catastrophes est plusieurs fois inférieur à celui de l’intervention et du rétablissement. Par exemple, un récent rapport du Conseil des académies canadiennes indique que chaque dollar dépensé dans la réduction des risques d’inondation des sous-sols résidentiels permettait d’économiser 11 $.

Le Canada doit en faire davantage

Des dizaines d’experts qui conseillent le gouvernement affirment que le Canada doit en faire davantage pour préparer les infrastructures aux menaces posées par les conditions météorologiques extrêmes et aider les Canadiens à s’en remettre.

Lors du dépôt de la première phase de la stratégie, cinq groupes d’experts sur la santé, l’économie, la résilience aux catastrophes, les infrastructures naturelles et les solutions bâties sur la nature ont conseillé le ministre sur les domaines dans lesquels ils pensent que le gouvernement devrait axer son plan.

Le panel sur la santé a déclaré que d’ici 2030, les autorités sanitaires doivent disposer de ce dont elles ont besoin pour affronter les risques sanitaires liés au climat, y compris les maladies infectieuses et la santé mentale.

Et à propos de la résilience aux catastrophes, les experts disent que le Canada doit faire plus pour aider lorsque des conditions météorologiques extrêmes surviennent.

À ce sujet, les habitants de Lytton, en Colombie-Britannique, peuvent en témoigner. La localité a été détruite par un incendie de forêt en juin dernier, après avoir connu la température la plus chaude jamais enregistrée au Canada. Deux personnes ont été tuées et 10 mois plus tard, les travaux de restauration n’ont toujours pas commencé.

Le ministre de la Protection civile, Bill Blair, s’est rendu à Lytton jeudi et a promis une aide d’au moins 416 millions.

Mais la reconstruction de Lytton a été bloquée notamment par des conditions météorologiques plus extrêmes. En novembre dernier, les routes menant à la ville ont été emportées par des inondations. L’hiver a ensuite apporté les plus grosses chutes de neige à Lytton depuis plus de trois décennies.

Le groupe d’experts sur la résilience aux catastrophes a déclaré que d’ici 2030, le Canada devrait pouvoir réduire de façon mesurable le nombre de Canadiens exposés au danger des conditions météorologiques extrêmes et pouvoir remettre sur pieds en un an chaque communauté victime d’une catastrophe.

Lytton n’a pas été la seule communauté touchée par une succession de catastrophes. Les inondations de la rivière des Outaouais en 2017 et 2019 ont toutes deux dépassé les niveaux historiques. L’été dernier, Red Lake, en Ontario, et plusieurs Premières Nations voisines ont été frappées par des incendies de forêt destructeurs pour la deuxième année consécutive.

Le document de travail du gouvernement transmis aux médias lundi rappelle que « le climat du Canada se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, et trois fois plus vite dans le Nord ».

Au cours des deux dernières années, Sécurité publique Canada a été appelé à 14 reprises pour aider à lutter contre des incendies non maîtrisés. Au cours des cinq années précédentes, une intervention n’a été nécessaire que quatre fois.

L’été dernier, plus de 4,3 millions d’hectares ont été brûlés à travers le Canada, soit plus de 1,5 fois la moyenne décennale de 2,6 millions.

Jusqu’aux années 1960, le Canada a répertorié environ 30 catastrophes liées au climat chaque décennie. Maintenant, c’est plus de 100.