(Québec) Le nouveau plan de réduction des gaz à effet de serre (GES) du gouvernement caquiste fait fi des propositions du comité d’experts qui conseille le ministre de l’Environnement.

Publié le 5 mai
Patrice Bergeron La Presse Canadienne

Selon le Parti québécois (PQ), il manque ainsi des outils importants de reddition de comptes pour faire le suivi des objectifs de réduction. Et qui plus est, le plan caquiste ne fait pas référence à une « transition juste », des mesures précises pour accompagner les travailleurs menacés par la décarbonisation de l’économie.

La semaine dernière, le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a présenté son Plan de mise en œuvre 2022-2027, qui vise une réduction de 15,9 mégatonnes de GES.

Le porte-parole péquiste en environnement, Sylvain Gaudreault, déplore le fait que ce plan ne comporte pas de « cible intermédiaire » fixée pour chacune des cinq années du plan, afin de pouvoir s’ajuster d’année en année, en fonction des résultats réels publiés dans l’inventaire annuel des émissions de GES.

C’est pourtant ce que recommande le Comité consultatif sur les changements climatiques, formé d’experts et qui conseille le ministre, a souligné M. Gaudreault, en entrevue jeudi avec La Presse Canadienne.

Comme il n’y a pas de cible intermédiaire, « on est vraiment en rattrapage constamment », à cause de l’écart entre l’objectif fixé à long terme et le résultat annuel.

Le plan de M. Charette ne retient pas non plus le concept de « budget carbone », une mesure de suivi suggérée par le Comité consultatif sur les changements climatiques : une comptabilisation de données pour suivre précisément d’année en année la quantité de GES émise pour chacun des secteurs, pour suivre les progrès ou les retards par rapport à la cible de réduction.

Le gouvernement soutient que la mise à jour annuelle suffira, mais cela manque de précision, selon le député péquiste de Jonquière.

« On sait pas encore exactement comment la mise à jour sera faite, par secteur, comme le transport, l’industrie, ou par mesures ? Ça, ce n’est pas clair. Ça ne répond pas du tout à l’envergure d’un budget carbone comme on en voit au Royaume-Uni ou en France. »

Transition juste

Par ailleurs, selon le PQ, le plan s’éloigne de l’esprit de deux motions adoptées par l’Assemblée nationale et même d’un engagement du Québec pris à la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Glasgow l’an dernier.

Le gouvernement avait en effet consenti à mettre sur pied un groupe de travail interministériel paritaire pour la transition juste : s’occuper de milliers d’emplois qui pourraient être menacés à long terme par l’abandon des énergies fossiles et les changements climatiques.

M. Gaudreault fait remarquer que le plan n’en fait pas mention.

M. Charette estime que la Commission des partenaires du marché du travail peut remplir la mission et que son plan réserve 16,8 millions pour adapter le marché du travail aux réalités des changements climatiques.

« On est dans une position différente des États pétroliers, a-t-il fait remarquer. On n’a pas de secteurs qui vont complètement s’effondrer comme dans l’Ouest. »

Le député péquiste juge que le gouvernement sous-estime le problème. Par exemple, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, des travailleurs des alumineries seront affectés par les nouveaux procédés qui nécessitent moins de main-d’œuvre.

« Le gouvernement saisit mal ce que représente la transition juste, parce que nous sommes une société dont les travailleurs ne sont pas dépendants des hydrocarbures, mais cela ne veut pas dire qu’il n’y pas des enjeux de transition juste dans plusieurs régions », a-t-il plaidé en commission parlementaire.