(New York) Des scientifiques font route vers un des endroits les plus inaccessibles de la planète pour mieux comprendre l’impact qu’aura la fonte de la glace de l’Antarctique sur la hausse du niveau des océans.

Publié le 6 janvier
Seth Borenstein Associated Press

Trente-deux chercheurs ont entrepris jeudi une mission de plus de deux mois à bord d’un navire scientifique américain pour étudier le secteur où le glacier fait face à la mer d’Amundsen, et où il pourrait éventuellement laisser tomber de grandes quantités de glace en raison du réchauffement de l’eau.

Ce glacier, qui a la taille de la Floride, a été surnommé le « glacier de l’Apocalypse » en raison des quantités énormes de glace qu’il contient. Si toute cette glace fondait, le niveau de la mer pourrait augmenter de 65 centimètres sur plusieurs siècles.

En raison de son importance, le Royaume-Uni et les États-Unis ont lancé une mission de 50 millions de dollars pour étudier le glacier Thwaites, le plus large du monde sur la terre et dans la mer. Éloigné de toutes les stations de recherche du continent, Thwaites se trouve dans la partie ouest de l’Antarctique, à l’est de la péninsule antarctique, qui était jadis le secteur dont les chercheurs s’inquiétaient le plus.

PHOTO BRITISH ANTARCTIC SURVEY VIA ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Cette photo diffusée en 2019 par le British Antarctic Survey montre un trou dans le glacier Thwaites, en Antarctique. La plate-forme de glace de Thwaites est parsemée de centaines de fractures, comme un pare-brise endommagé.

« Je dirais que Thwaites est la raison principale qui explique pourquoi il y a tellement d’incertitude concernant la hausse future du niveau de la mer, parce qu’il se trouve dans un coin très reculé et difficile à rejoindre », a expliqué mercredi Anna Wahlin, une océanographe de l’Université de Göteborg, en Suède.

Mme Wahlin a été rejointe à bord du navire de recherche Nathaniel B. Palmer, qui devait quitter un port chilien au cours des heures suivantes. « Sa configuration le rend potentiellement instable, et c’est ce qui nous inquiète », a-t-elle dit.

Thwaites envoie environ 50 milliards de tonnes de glace dans l’eau chaque année. L’agence British Antarctic Survey calcule que le glacier est responsable de 4 % de la hausse mondiale du niveau des océans, et que les conditions qui lui font perdre encore plus de glace s’accélèrent, a prévenu Ted Scambos, un glaciologue de l’Université du Colorado qui est basé à la station terrestre de McMurdo.

Une glaciologue de l’université Oregon State, Erin Pettit, a précisé que Thwaites semble s’effondrer de trois façons :

La fonte causée par l’eau de mer

La partie terrestre du glacier semble « perdre sa prise » là où il est attaché au fond de l’océan. Une large portion pourrait donc tomber dans la mer et éventuellement fondre.

PHOTO BRITISH ANTARCTIC SURVEY VIA ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le glacier Thwaites, qui a la taille de la Floride, a été surnommé le « glacier de l’Apocalypse » en raison des quantités énormes de glace qu’il contient.S i toute cette glace fondait, le niveau de la mer pourrait augmenter de 65 centimètres sur plusieurs siècles.

La plate-forme de glace de Thwaites est parsemée de centaines de fractures, comme un pare-brise endommagé. C’est ce qui inquiète le plus Mme Pettit, qui précise que des fissures longues de dix kilomètres sont apparues en seulement une année.

Personne n’a jamais auparavant mis le pied sur l’interface glace-mer cruciale de Thwaites. En 2019, Mme Wahlin était à bord d’un navire qui a exploré le secteur avec un robot déployé depuis un navire, mais elle n’a pas mis le pied à terre.

Cette fois, l’équipe de Mme Wahlin utilisera deux navires robotisés pour plonger sous Thwaites et examiner la partie du glacier qui surplombe l’océan.

Les scientifiques mesureront la température de l’eau, inspecteront le fond de l’océan et mesureront l’épaisseur de la glace. Ils examineront les fissures dans la glace et la manière dont la glace est structurée. Ils étiquetteront aussi des phoques sur les îles au large du glacier.

Thwaites « a une apparence différente des autres plates-formes de glace », a dit Mme Wahlin.

« On dirait presque un amoncellement d’icebergs qui ont été compactés ensemble, a-t-elle indiqué. Donc, il est de plus en plus évident que ce n’est pas un seul morceau de glace solide comme les autres plates-formes glaciaires, qui sont une belle glace uniforme. C’est beaucoup plus fragmenté et cicatrisé. »