L’avocate et militante des droits des animaux Anne-France Goldwater revient à la charge dans le dossier des cerfs de Longueuil. Qualifiant la décision de la nouvelle administration de Catherine Fournier de « massacre », la juriste n’exclut pas de se tourner vers les tribunaux pour stopper l’euthanasie des animaux.

Mis à jour le 30 nov. 2021
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« C’est de la cruauté. En gros, on veut assassiner Bambi alors qu’il y a plusieurs autres solutions sur la table. Ailleurs au Canada et aux États-Unis, il y a plein de professionnels qui contrôlent ou qui font déménager des populations. C’est comme s’il y avait juste ici où on ne veut pas écouter la raison », martèle MGoldwater en entrevue avec La Presse.

Elle affirme que le rapport publié mardi par la Ville de Longueuil est « manifestement inadéquat ». « J’ai lu le rapport et avec égards, leur plan est voué à l’échec. Ce massacre, ce n’est pas une solution à long terme, surtout que si on procède, on va revenir à la case départ dans un ou deux ans, parce que les femelles vont se mettre à se reproduire avec encore plus d’énergie », soutient la militante.

Lundi, la mairesse Catherine Fournier avait annoncé que son administration éliminerait la majorité des cerfs du parc Michel-Chartrand pour ramener le cheptel à ce que l’écosystème peut soutenir, soit de 70 actuellement à entre 10 et 15. Son cabinet dit ainsi suivre les recommandations contenues dans le rapport de la table de concertation mise sur pied par la Ville, qui conclut que l’euthanasie est la seule solution pour contrôler la prolifération des cerfs de Virginie dans le parc.

On y lit que « la seule option viable à court terme pour obtenir des résultats durables est de procéder dès 2022 à la réduction de la taille du cheptel par une méthode de capture et d’euthanasie afin d’atteindre la capacité de support du parc ». Le comité n’a pas retenu l’option de déplacer les cerfs, en raison du risque de mortalité élevé.

« Pour moi, ça démontre qu’ils ne lisent rien ! La littérature scientifique, surtout en anglais, elle est très riche sur la relocalisation. Quand on planifie des déménagements de population, ça prend des données scientifiques à jour, ce qu’ils n’ont pas. Et même si la moitié des cerfs mouraient dans le transport, ça serait toujours mieux que si on les tue tous », dénonce à ce sujet MGoldwater.

Fournier « maintient le cap »

Jointe par La Presse, la mairesse de Longueuil, elle, n’entend pas s’arrêter pour autant. Elle rappelle que sa décision « est issue de la concertation de citoyens et de spécialistes, dont des biologistes, et repose sur la science, en plus de tenir compte des enjeux éthiques liés aux conditions de vie des animaux ».

Nous entendons maintenir le cap et agir pour assurer l’équilibre écologique du parc Michel-Chartrand.

Catherine Fournier, mairesse de Longueuil

Anne-France Goldwater, elle, espère pouvoir rencontrer la nouvelle mairesse avant d’aller plus loin, pour « discuter des solutions », comme elle l’avait fait avec la mairesse précédente, Sylvie Parent. Comme la Ville, l’avocate appelle par ailleurs les esprits à « s’apaiser ». « On ne va pas sauver Bambi en menaçant un pompier ou une mairesse », illustre-t-elle, en référence au climat de tensions dans ce dossier.

En novembre 2020, sous l’administration Parent, une entente pour le déplacement des cerfs du parc Michel-Chartrand était intervenue, à l’issue d’une rencontre virtuelle entre des représentants de Québec, de Longueuil et de l’organisme Sauvetage Animal Rescue. Mais dans les mois qui ont suivi, le Comité d’éthique de l’utilisation des animaux, présidé par des professeurs de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, avait bloqué leur transport, en disant s’inquiéter du « risque de blessures et de myopathie très élevé » lors du transport des cerfs.

Avec Jean-Thomas Léveillé, La Presse